Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 84.djvu/88

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impopularité, inhabileté à se faire aimer, goût du pouvoir personnel, insouciance de la gloire extérieure, retours vers le parti légitimiste au détriment du parti qui l’avait fait roi, efforts pour reconstituer la prérogative royale, on put le reprocher bien plus encore à Guillaume III. Pourquoi donc les résultats furent-ils si divers? Sans doute cela tint à la différence des temps et des pays. Des opérations historiques possibles chez un peuple sérieux et lourd, plein de confiance dans l’hérédité, ayant une répugnance invincible à forcer la dernière résistance du souverain, peuvent être impossibles à une époque de légèreté spirituelle et d’étourderie raisonneuse. Le mouvement républicain de 1649 d’ailleurs avait été infiniment moins profond que ne fut celui de 1792. Le mouvement anglais de 1649 n’arriva pas à constituer un pouvoir impérial; Cromwell ne fut pas un Napoléon. Enfin le parti républicain anglais n’eut pas de seconde génération. Écrasé sous la restauration des Stuarts, décimé par la persécution ou réfugié en Amérique, il cessa d’avoir sur les affaires d’Angleterre une influence considérable. Au XVIIIe siècle, l’Angleterre semble prendre à tâche d’expier par une sorte d’exagération de loyalisme et d’orthodoxie ses écarts momentanés du milieu du XVIIe . Il fallut plus de cent cinquante ans pour que la mort de Charles Ier cessât de peser sur la politique, pour qu’on osât penser librement et ne pas se croire obligé d’afficher un légitimisme effréné. Les choses se seraient passées à peu près de la même manière en France, si la réaction royaliste de 1796 et 1797 l’eût emporté. La restauration se fût faite alors avec de bien plus franches allures, et la république n’eût été dans l’histoire de France que ce qu’elle est dans l’histoire d’Angleterre, un incident sans conséquence. Napoléon, par son génie, aidé des merveilleuses ressources de la France, sauva la révolution, lui donna une forme, une organisation, un prestige militaire inoui.

La faible et inintelligente restauration de 1814 ne put en aucune manière déraciner une idée qui avait vécu si profondément dans la nation et entraîné après elle une génération énergique. La France sous la restauration et sous Louis-Philippe continua de vivre des souvenirs de l’empire et de la république. La révolution reprit faveur. Tandis qu’en Angleterre, à partir de la restauration de Charles II et après 1688, la république ne cesse d’être maudite, qu’un homme était mal posé dans la société s’il nommait Charles Ier sans l’appeler le roi-martyr, ou Cromwell sans le qualifier d’usurpateur, en France il devint de règle de faire des histoires de la révolution sur le ton apologétique et admiratif. Ce fut un fait grave que le père du nouveau roi eût pris à la révolution une part considérable; on s’habitua à considérer la dynastie nouvelle comme un compromis avec la ré-