Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 84.djvu/92

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ment de juillet fut de même si légère qu’il faut admettre que sa constitution était des plus chétives. La petite agitation des banquets était de celles qu’un gouvernement doit pouvoir supporter sous peine de n’être pas capable de vivre. Comment, avec toutes les apparences de la santé, le gouvernement de juillet se trouva-t-il si faible? C’est qu’il n’avait pas ce qui donne à un gouvernement de bons poumons, un cœur vigoureux, de soldes viscères; je veux dire la sérieuse adhésion des parties résistantes du pays. Le sentiment de profonde humanité qui empêcha Louis-Philippe de livrer la bataille, outre qu’il impliquait une défiance de son droit, ne suffit pas pour expliquer sa chute. Le parti républicain qui fit la révolution était une imperceptible minorité. Dans un pays où le gouvernement eût été plus fort, moins centralisé, et où l’opinion se fût trouvée moins divisée, la majorité eût fait volte-face; mais la province n’avait pas encore l’idée de résister à un mouvement venant de Paris; de plus, si la faction qui prit part au mouvement le 24 février 1848 fut insignifiante, le nombre de ceux qui eussent pu défendre la dynastie vaincue était peu considérable. Le parti légitimiste triompha, et, sans faire de barricades, eut ce jour-là sa revanche. La dynastie d’Orléans n’avait pas su, malgré sa profonde droiture et sa rare honnêteté, parler au cœur du pays ni se faire aimer.

Ainsi mise en présence du fait accompli par une minorité turbulente, que va faire la France? Un pays qui n’a pas de dynastie unanimement acceptée est toujours dans ses actions un peu gauche et embarrassé. La France plia; elle accepta la république sans y croire, sournoisement, et bien décidée à lui être infidèle. L’occasion ne manqua point. Le vote du 10 décembre fut une évidente répudiation de la république. Le parti qui avait fait la révolution de février subit la loi du talion. Qu’on nous permette une expression vulgaire : il avait joué un mauvais tour à la France, la France lui joua un mauvais tour. Elle fit comme un bourgeois honnête dont les gamins s’empareraient en un jour d’émeute et qu’ils affubleraient du bonnet rouge ; ce digne homme pourrait se laisser faire par amour de la paix, mais en garderait probablement quelque rancune. La surprise du scrutin répondit à la surprise de l’émeute. Sûrement la conduite de la France eût été plus digne et plus loyale, si, à l’annonce de la révolution, elle avait résisté en face, arrêté poliment les commissaires du gouvernement provisoire à leur descente de diligence, et convoqué des espèces de conseils-généraux qui eussent rétabli la monarchie; mais plusieurs raisons qui s’entrevoient trop facilement pour qu’il soit bien besoin de les développer rendaient alors cette conduite impossible; en outre la nation à qui l’on donne le suffrage universel devient toujours un peu dissimulée. Elle a entre