Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 85.djvu/664

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fixait pas une date précise, il est vrai, pour ce vote des populations du Slesvig septentrional; mais il va de soi qu’il devait avoir lieu avant une organisation définitive de la conquête, puisqu’il s’agissait de savoir à laquelle des deux patries ces populations appartiendraient. Il eût été naturel d’y satisfaire avant d’incorporer le Slesvig dans la monarchie prussienne, avant d’entrer dans la confédération allemande du nord avec un territoire ainsi agrandi. M. de Bismarck ne l’entendit pas de la sorte.

Le traité était du mois d’août; dès septembre, malgré une première adresse ne laissant aucun doute sur le vœu formel des populations du Slesvig, il saisit le parlement de Berlin d’un projet de loi d’annexion ne contenant pas même une mention expresse de la rétrocession à laquelle le vote stipulé pourrait donner lieu, mais se référant toutefois aux divers articles de la paix de Prague. M. de Bismarck savait à qui il s’adressait : députés et ministre étaient en communauté de sentiment. Le comité de la chambre prussienne chargé d’examiner le projet fit un rapport significatif. Il déclara « qu’il ne lui appartenait pas de donner son autorisation à l’application malheureuse du principe des nationalités dans le Slesvig septentrional, ni de ratifier ainsi peut-être l’abandon de contrées s’étendant jusqu’à Flensbourg, et sur le sol desquelles tant de sang allemand et surtout prussien avait été versé. » Le comité exprimait naïvement l’espoir qu’on réussirait dans les négociations à écarter complètement la clause de l’article 5 du traité de Prague, ou du moins à restreindre la votation à la partie la plus septentrionale du Slesvig. Il ne pouvait, pour le moment, consentir qu’à l’incorporation pure et simple de la totalité des duchés. La loi consacrant ce résultat, appliquant tout de suite aux duchés la loi électorale de la confédération allemande du nord, et pour le 1er octobre suivant la constitution prussienne, est du 24 décembre 1866. Vingt jours après, une curieuse proclamation du roi Guillaume invitait les habitans des duchés à reconnaître les faits accomplis et à recevoir leur nouveau souverain avec autant d’empressement qu’il en mettait lui-même à recevoir ses nouveaux sujets; c’était beaucoup demander. Le roi de Prusse fut officiellement proclamé jusqu’à la frontière septentrionale, c’est-à-dire jusque dans les districts qui eussent dû être réservés. Ceux des fonctionnaires qui n’acceptèrent pas de prêter un nouveau serment furent destitués; cette mesure atteignit un grand nombre de prêtres, de magistrats, de maîtres d’école, jusqu’aux petits employés des postes et de la voirie. Dans le même temps, les opérations de la conscription prussienne durent se faire aussi jusque dans le nord, et toute la jeunesse des cantons danois, en vertu de l’article 19 de la paix de Vienne, qui lui permettait d’aller remplir le