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V

Si un budget reflète la situation générale d’un pays et si l’accroissement des recettes est proportionnel à la marche ascendante des richesses, le budget de l’empire indo-britannique témoigne des progrès réels que fait cet état depuis le moment où il est devenu partie intégrante de la couronne d’Angleterre. Cette période de dix ans a été remarquable sous tous les rapports. Agriculture, commerce, industrie, voies ferrées, lignes télégraphiques, associations scientifiques, établissemens scolaires, instruction publique, pas une branche de l’activité humaine qui n’ait reçu une heureuse impulsion. L’action plus directe du gouvernement anglais, la haute surveillance de la législature et la grande voix de l’opinion publique de la métropole ont stimulé le zèle des autorités locales ; mais le dévoûment des fonctionnaires sera toujours fort problématique. Le peu de temps qu’ils peuvent séjourner aux Indes leur servira d’excuse pour faire passer leurs avantages particuliers avant le bien de tous. Si quelques-uns s’acclimatent et conservent pendant une longue série d’années une bonne santé, la plupart sont obligés d’entrecouper leur séjour de fréquens voyages en Europe, ou de passer la saison chaude dans les sanitaria des Alpes asiatiques, ce que les gros traitemens peuvent seuls permettre. Le plus souvent ils sollicitent de bonne heure leur retraite, et emportent les principes d’une maladie que l’air natal ne peut guérir. Ah ! si l’Angleterre a retiré de grandes richesses de ses possessions asiatiques, elle les a payées bien cher. Combien de ses enfans qui, au lieu de trouver la fortune, n’ont rencontré qu’une mort prématurée et une tombe isolée dans les solitudes hindoustanes !

Quatre vice-rois se sont succédé dans le court espace de dix ans, quatre ministres se sont également transmis le portefeuille des finances, et il est probable que des mutations semblables ont lieu dans d’autres branches de l’administration. Les travaux et les préoccupations, il est vrai, pour les gouverneurs sont excessifs et usent les ressorts de la vie. Imprimer un mouvement commun à tant de peuples de races, de langues, de religions, de mœurs si différentes, unir des parties qui se repoussent, répondre à des besoins qui s’entre-choquent, opérer une action sédative sur des élémens toujours en fermentation, c’est là une œuvre faite pour fatiguer et exténuer les plus forts. A peine le royaume d’Oude est-il apaisé, qu’une sédition menace de jeter le désordre dans l’armée. Le bruit de cette sédition se faisait encore entendre, qu’un mouvement populaire soulevait la province la plus tranquille de l’Inde, le Bengale, la patrie de l’indigotier. La culture de cet arbuste occupait des