Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 89.djvu/449

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cependant, quelques années après lui, Vancouver leur donnait près de 300,000 habitans. Le recensement officiel de 1866 porte la population totale à 67,000 âmes. A Taïti, des 80,000 habitans que Cook y trouva, c’est à peine s’il en reste 9,000. Enfin la population de Magareva est descendue depuis 1853, date de l’établissement des missionnaires, de 2,400 à 1,100 âmes.

Les archipels polynésiens dont le dépeuplement marche avec le plus de rapidité sont les Sandwich, Taïti, Magareva et, Rapa-nui. Aux Samoa, le chiffre de la population est en décroissance, comme aux Tonga, mais dans des proportions moins effrayantes. Aux Viti, elle est presque nulle, tandis que dans les deux petits groupes des Futuna et des Wallis (Uvea) on constate avec surprise un mouvement tout contraire et bien marqué, puisque dans le dernier de ces groupes la population s’est accrue de 40 pour 100 depuis l’arrivée des premiers missionnaires, vers 18,38.

Ces archipels présentent dans leur état moral des dissemblances et des analogies qu’il est bon d’établir. Les populations de Taïti, des Sandwich, converties au protestantisme, sont depuis longtemps en contact avec les Européens. On sait à quel degré de corruption étaient descendus les indigènes bien avant la découverte de ces îles. Leurs mœurs sont encore les mêmes ; on pourrait cependant affirmer qu’à Taïti elles se sont un peu améliorées. Aux Samoa, aux Tonga, bien que l’œuvre de la conversion, due en grande partie aux missionnaires protestans, soit dès aujourd’hui achevée, la moralité semble, à peu de chose près, la même qu’au temps de la découverte de ces îles. Aux Viti, malgré la présence de 1,400 Européens, planteurs, négocians, industriels, agens politiques des chefs indigènes, malgré les efforts des missionnaires catholiques et protestans, la population est encore en grande majorité païenne. Enfin Magareva, Futuna, les Wallis, sont de véritables congrégations catholiques où les populations sont d’une moralité remarquable. Aussi la famille y est-elle constituée sur ses bases véritables. J’ajouterai qu’aux Sandwich et à Taïti le gouvernement est une monarchie constitutionnelle, aux Tonga une monarchie absolue, aux Samoa une république fédérative voisine de l’anarchie, aux Viti une féodalité dont les membres sont sans cesse en guerre, et enfin à Magareva et aux Wallis, sous les dehors d’une royauté sans pouvoir, le gouvernement n’est qu’une théocratie catholique.

Si tels sont les aspects généraux sous lesquels se présentent les divers rameaux d’une même race, placés d’ailleurs avec de très légères différences dans les mêmes conditions climatériques et hygiéniques, et si, comme nous venons de le voir, les mêmes causes produisent dans les divers centres de population des résultats bien