Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 89.djvu/740

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un officier ou par une commission, soit dans l’établissement même, quand les éleveurs y conduisent les animaux, soit dans les fermes où se trouvent des chevaux à vendre, soit sur les champs de foire de la circonscription du dépôt. Lorsque les officiers ont habité le pays pendant quelque temps, ils y sont connus, et les transactions sont faciles. Chaque dépôt de remonte achète des chevaux pour les diverses armes, mais plus ou moins selon les pays et les ordres de l’administration centrale ; les chevaux restent quelque temps dans les dépôts, ils s’habituent sans être dépaysés au régime militaire. Les fourrages sont moins chers dans les contrées où sont placés les dépôts que dans les villes de garnison ; il y a donc intérêt à y conserver les animaux jusqu’au moment où ils peuvent être utilisés pour le service. On les expédie ensuite dans les régimens auxquels ils conviennent d’après leur taille et leur conformation. Il est facile de les assortir, de composer des détachemens, et par suite des régimens homogènes. Un moyen de faire les remontes généralement blâmé, c’est le marché à forfait avec des fournisseurs qui s’engagent à livrer un certain nombre de chevaux à un prix convenu ; l’état paie toujours cher sans profit pour les éleveurs, et reçoit en général des animaux médiocres. Dans les circonscriptions des dépôts se trouvent toujours de grands éleveurs qui achètent de jeunes chevaux et les revendent après les avoir gardés six mois ou un an. Ces éleveurs sont des connaisseurs et en général des gens entendus en affaires, avec lesquels il est facile de traiter. Tout en cherchant à vendre cher, ils ne voudraient pas tromper des acheteurs avec lesquels ils sont en relations continuelles. Si après le marché conclu un cheval est trouvé défectueux, ils le reprennent volontiers sans procès. Tous les éleveurs n’agissent pas ainsi, et les officiers aiment mieux traiter avec les premiers.

Pour engager les éleveurs à préférer la production des chevaux de selle à l’élevage des chevaux de trait et des bêtes à cornes, on a proposé, employé même divers encouragemens. On a d’abord accordé des primes, dites primes de conservation, pour des poulains qui, en raison de leur généalogie et de leur état, font espérer qu’ils pourront être propres à l’armée, et qu’on désire faire conserver par les éleveurs jusqu’à l’âge de quatre ans ; on a proposé encore d’acheter des poulains de dix-huit mois ou deux ans et de les élever dans des dépôts dits dépôts de poulains, appartenant à l’état. C’est ce que faisaient quelques régimens avant 1790. Ces moyens ont des inconvéniens plus graves que celui auquel ou veut remédier. L’entretien des poulains dans des établissemens spéciaux revient à des prix excessifs, et les poulains primés ne sont pas toujours propres au service. Ce qui est le plus avantageux, c’est de laisser les animaux disséminés dans les fermes et complètement à la