Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/188

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spéciaux de la province et de l’étranger. Nulle part en effet, de plus persévérans efforts n’obtenaient de la terre une masse plus abondante de produits. Se rappelle-t-on le spectacle qui naguère, lorsqu’on venait à Paris en chemin de fer, frappait les yeux pendant l’heure qui précédait l’arrivée ? C’était bien encore la campagne, mais quel aspect nouveau ! quelle activité inquiète ! D’abord le terrain se découpait en de longues bandes étroites, chargées de cent cultures variées. A chaque heure du jour, hommes et femmes, penchés sur le sol, le travaillaient et le façonnaient sans relâche, en recueillaient les fruits en dépit des saisons, ou bien ensemençaient et plantaient une terre toute couverte encore des dépouilles de la récolte précédente. Puis, à mesure qu’on se rapprochait de l’enceinte fortifiée de la ville, le tableau changeait ; la vue s’étendait sur une suite ininterrompue d’enclos. Là se montrait partout un soin de plus en plus jaloux des plantes ; ce n’étaient que bâches., paillassons, pompes d’arrosage, instrumens perfectionnés ; on comptait les cloches par milliers, les châssis par centaines. Le bon Rabelais, revenant au monde, n’eût point cherché ailleurs une description des jardins de Gargantua.

Vous aviez traversé d’abord les « cultures agricoles » des environs de Paris, et ce que vous voyiez ensuite, c’étaient les jardins des maraîchers. Les premières tiennent à peu près le milieu entre la culture ordinaire et la culture des marais. La terre se vendant ou se louant fort cher autour de Paris, les frais de main-d’œuvre et les frais généraux y étant aussi fort élevés, il en est résulté que, tandis que les maraîchers bannissaient de chez eux les plantes potagères, qui occupent trop longtemps le sol et n’exigent pas un soin extrême, les cultivateurs de la grande banlieue se sont vus forcés à leur tour d’abandonner les céréales et de se livrer à la production en grand des légumes délaissés par les maraîchers. Jusqu’à ces derniers temps, ils approvisionnaient les halles d’artichauts, d’asperges, de betteraves, de carottes de pleine terre, de pommes de terre, de navets, de choux des espèces les plus communes, de pois, de fèves, de haricots, d’oignons ; il n’est pas jusqu’aux pissenlits et jusqu’aux modestes échalotes qui n’aient trouvé leur place dans cet immense potager occupant à la ronde un territoire de plusieurs lieues. Ces cultures agricoles seraient déjà un intéressant sujet d’étude ; mais l’horticulture maraîchère est surtout curieuse à connaître. M. Ponce s’est donné la tâche d’initier le public aux secrets de son art dans un excellent livre de pratique ; sans entrer ici dans des détails qui d’ailleurs échappent à l’analyse, il parait utile de rappeler sommairement l’importance d’une industrie qui est en ce moment si éprouvée, et qui serait pourtant si digne de protection.

Pour les maraîchers de notre banlieue, comme le fait observer M. Ponce, les conditions ordinaires de toute culture du sol n’existent plus. Il faut,