Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/249

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aux prétentions romaines. Le droit de souveraineté de chaque état se trouvait engagé par là dans la question de la réforme, où la doctrine politique se mêlait à la doctrine théologique. Les princes goûtèrent facilement des idées qui aboutissaient à les rendre indépendans d’une influence étrangère, et à leur conférer sur le culte un pouvoir de police qui protégeait la liberté de croyance de chacun. L’appel au concile sur la question théologique avait de nombreux adhérens ; mais la cour romaine y résistait, parce que l’irréformabilité de sa décision y était compromise, en principe du moins, et par suite sa suprématie sur l’église. Voilà comment les questions de politique devenaient les prémisses du droit de libre examen et des discussions de dogme. A l’horizon apparaissait le jus reformandi de chaque état souverain, et pour l’Allemagne en particulier la sécularisation des vastes principautés ecclésiastiques qui couvraient le pays. Tout chrétien devenant prêtre pour l’interprétation des Écritures, la sécularisation générale des personnes et du sol était la conséquence de la réforme ; en un mot, le mouvement qui se manifestait avait le caractère d’une réaction nationale contre l’assujettissement à la cour de Rome, et les princes étaient en tête parce qu’ils avaient le plus à y gagner. Rome se hâta de lancer ses foudres contre Luther (1519), et le pape somma l’empereur de suivre l’exemple de Sigismond contre le nouveau Jean Huss. Charles-Quint convoqua une diète à Worms, à l’effet de prendre un parti sur ces redoutables et difficiles questions (1521). Luther y comparut ; mais, malgré la sympathie des princes, il y fut condamné comme perturbateur de la paix publique. Toutefois la sentence ne reçut pas d’exécution ; elle coïncidait avec la condamnation du duc de Wurtemberg, dont l’empereur poursuivait la spoliation par intérêt personnel, et l’une fit tort à l’autre dans l’opinion. La diète de Worms ne rétablit donc pas la paix dans l’empire. L’envoyé du pape fut mécontent des princes ; les princes furent mécontens de l’empereur, et l’empereur resta mécontent de tout le monde : il n’y parut préoccupé que du soin de faire prévaloir son autorité envers et contre tous, orthodoxes et dissidens, et il s’empressa de quitter l’Allemagne, où l’œuvre de la réforme suivit son cours en son absence.

Charles V se préparait alors à cette première lutte avec Françoise qui fut terminée par la victoire de Pavie (1525) ; les affaires d’Allemagne en tournèrent au pire. L’empereur triomphant se montrait despotique à la diète de Nuremberg, quand éclata un événement inouï, la révolte générale des paysans dans la haute Allemagne. La société germanique y fut mise en péril. Une répression énergique comprima cette insurrection, dont l’Allemagne dut se