Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/254

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


essayèrent de se relever par les armes. Une année de lutte animée et de combats sanglans aboutit., malheureusement pour eux, à la défaite de Mühlberg (1548), où ils furent taillés en pièces et réduits aux plus cruelles extrémités. Jean-Frédéric et le landgrave de Hesse obtinrent la grâce de la vie, mais subirent une dure captivité. En vain Maurice de Saxe sollicita leur délivrance et montra de l’humeur d’éprouver un refus ; l’empereur fut inexorable et crut n’avoir plus à ménager personne. Malgré son coup d’œil pénétrant, il n’avait pas distingué dans l’âme de Maurice une générosité qui lui préparait bien des mécomptes. Maurice avait voulu satisfaire un mauvais sentiment à l’égard de Jean-Frédéric ; sa haine n’allait pas au-delà de l’humiliation de son ennemi* D’ailleurs il avait épousé la fille du landgrave de Hesse, et la basse équivoque à laquelle était descendu l’empereur, pour fausser parole à Philippe qui lui rendait son épée, révoltait le cœur de Maurice. Enfin le patriotisme du prince saxon se soulevait en secret à la vue de ces guerriers, victimes du sort des batailles et de la cause nationale, pour laquelle ils avaient combattu à Mühlberg. Maurice fit donc entendre avec insistance et dignité des paroles de miséricorde à Charles V, et celui-ci, craignant de s’aliéner un auxiliaire si utile, promit la délivrance si instamment demandée ; mais il éluda indéfiniment l’accomplissement de sa promesse. Maurice et Albert se crurent joués et résolurent de n’en pas endurer l’outrage. Leurs sympathies allemandes s’étaient réveillées ; ils dissimulèrent, et ils tournèrent les yeux vers la France. C’était Henri II qui régnait ; un émissaire fidèle vint lui révéler les dispositions des deux princes, et les griefs de l’Allemagne asservie ; il répondit prudemment à ces ouvertures par la note suivante :

« Le roi a très bien entendu la juste occasion que le duc Maurice et le marquis de Brandebourg ont de demeurer mal contens de l’empereur, tant pour n’avoir satisfait à la promesse qui leur avait été faite pour le regard du landgrave de Hesse leur beau-père, sans l’assurance de laquelle promesse ledit seigneur sçait bien qu’ils ne l’eussent jamais conduit par devers lui, que aussi pour le peu de respect qu’il a de leurs services, et ne fait doute que, étant princes si magnanimes qu’ils sont, il ne leur soit impossible du pouvoir si longuement supporter un tel sort sans en chercher la vengeance par tous les moyens qu’il leur sera possible, et que déjà ils n’aient disposé et disposent eux et leurs amis, pour à leur point s’en ressentir a rencontre dudit empereur.

« Mais le roi, qui est en paix et pacification de toutes parts, grâces à Dieu, et qui dedans peu de temps, continuant les fortifications de ses places, et l’amas d’argent, comme il a en commencé de faire depuis la paix par lui accordée avec les Anglais, peut rendre son