Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/255

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royaume si bien borné et fortifié, et se faire si puissant et pécunieux qu’il ne sera au pouvoir de princes, ni potentats de la chrétienté, quels qu’ils soient, de l’offenser, entamer, ni endommager, n’a pas occasion pour cette heure de se mouvoir, et d’avoir autre dessein que de pourvoir auxdites fortifications et amas d’argent, puisque les deux choses, avec la force de gendarmerie et de gens de pied qu’il a et entretient ordinairement, lui assurent et établissent perpétuellement son état, et davantage, sans entrer es incommodités de la guerre, lui disposent beaucoup d’autres choses pour sa grandeur et accroissement.

« Toutefois, pour ce qu’il a toujours porté et porte telle affection à la conservation de la liberté germanique, et aux princes et états de l’empire, qu’il ne les voudrait voir opprimer, et que ledit duc lui a fait savoir que, le cas advenant que ledit seigneur prît les armes, soit pour se défendre dudit empereur, ou pour l’offendre, et qu’il lui plût y tirer et mêler publiquement l’affaire dudit landgrave, lors, sans justes reproches, pourrait ledit duc avec ses bons amis et alliés se déclarer, pour faire si bon service audit seigneur-roi, qu’il en aurait profit, honneur et réputation ; icelui seigneur-roi désire que ledit sieur duc lui fasse savoir quels amis et alliés il a, qui lui adhèrent, quel traité ils ont ensemble, les forces qu’ils pourraient mettre sus, ensemblement le moyen qu’ils auraient de les entretenir, et pour quel temps, quelle part ils les voudraient dresser, et quels moyens ils auraient d’endommager leur ennemi, afin que, cela entendu, ledit seigneur se puisse résoudre sur ce qu’il lui a fait mettre en avant.

« Cependant ledit sieur duc s’assurera que le roi lui correspondra toujours de pareille volonté et affection que celle que icelui sieur duc lui porte, en laquelle il le prie de continuer [1]. »

Henri II était en effet alors en paix avec Charles V ; il connaissait par M. de Marillac, son ambassadeur à Bruxelles, les embarras de l’empereur en Allemagne. Charles V s’en prenait même au roi de France, qui en était alors fort innocent, de la résistance indomptable qu’il rencontrait, principalement dans les villes anséatiques. « L’empereur ne s’est pu taire, disait M. de Marillac au connétable en 1549, qu’il ne nous avait pas suffi d’avoir aidé les protestans durant la guerre, sans y ajouter les menées et pratiques, lesquelles étaient cause que les villes maritimes de Saxe ne lui prêtaient l’obéissance qu’elles avaient promise. » L’empereur se vengeait des torts qu’il supposait à Henri II en fomentant dans la Guienne des troubles

  1. Cette pièce n’était point connue. C’est M. de Larigenn qui l’a publiée, d’après les archives de Saxe, dans son Hist. de Maurice, Leipzig 1841, 2 vol. in-8° (en allemand).