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substitution de l’artillerie aux autres moyens de destruction. Les guerres d’Italie et les sièges fréquens qu’on y avait pratiqués avaient développé des procédés techniques et des aptitudes personnelles à cet égard, quoique la profession d’ingénieur ne fût pas encore, comme elle est aujourd’hui, le partage d’officiers d’élite destinés spécialement à cette carrière. Tout homme de guerre au XVIe siècle s’occupait de fortification et d’artillerie. Le savoir et les travaux de ces deux armes sont devenus plus tard trop étrangers peut-être au reste de l’armée. Au XVIe siècle, l’étendue des connaissances nécessaires pour ces deux genres de service n’a point encore donné naissance aux corps savans du génie et de l’artillerie. Pierre de Navarre, qui le premier fit usage de la poudre pour renverser les murailles, était un capitaine de fantassins parvenu par sa valeur aux plus hauts grades militaires [1]. Une disposition particulière de l’esprit faisait d’un homme d’armes un ingénieur. Tel fut Pierre Strozzi, que son habileté pour les sièges, jointe à son mérite de chef de guerre, éleva aux premières dignités de l’armée dans le service de la France, et auquel Brantôme a consacré une si curieuse notice. Tel fut plus tard Montluc lui-même, si distingué à d’autres titres. Le premier soin de François de Guise et de Strozzi fut de reconnaître exactement leur théâtre d’opération. La position de Metz était très forte par elle-même, alors surtout que l’obusier n’avait point été encore inventé, et que la projection de la bombe n’était guère pratiquée, si elle était connue. L’incendie par l’artillerie étant plus difficile, l’intrépidité résolue de l’assiégé offrait plus de ressources qu’aujourd’hui. Metz avait environ neuf milles de circuit, — baignée à l’ouest et au nord par la Moselle, qui se partage auprès de la ville en deux canaux, dont l’un longeait les murailles, tandis que l’autre, pénétrant dans la ville, assurait à l’habitant un secours précieux. Une petite rivière, la Seille, couvrait la place à l’est et au midi, joignant la Moselle à sa sortie, et se partageant comme elle en deux canaux. Par cette situation, Metz était à l’abri de la sape et de la mine, et la hardiesse des sorties y pouvait se produire avec beaucoup d’avantages ; mais la ville n’était couverte par aucun rempart, elle avait paru aux habitans assez fortifiée par la nature. Par un côté seulement, au sud-ouest, en un point non défendu par la Moselle ni la Seille, un vieux bastion dominait et couvrait la porte de Champagne. Le duc de Guise, de l’avis de Strozzi, fit abattre des constructions nuisibles à la défense, et, sur tous les points vulnérables, élever des remparts ou des plates-formes, d’où l’on pût répondre au feu de l’ennemi. Il excita par son exemple les pionniers au travail, pourvut là place de poudre, disposa les batteries et s’approvisionna de vivres. La confiance entra dans tous les cœurs.

  1. Voyez Brantôme, tome Ier, page 221, édit. Jannet.