Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/282

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ateliers désarment devant les grands ; le nombre des exploitations diminue, tandis que la puissance de la production s’accroît. Quand arrive 1860, à la veille même de la guerre, on est en face de 5,230,000 broches employant 900,000 balles de coton. C’est sous le régime de l’esclavage le dernier effort et le dernier résultat.

Survint alors cette crise qui devait durer, non pas des semaines ni des mois, mais des années, et aujourd’hui encore on se demande comment tout ce travail manuel, fondé par la paix et pour la paix, a pu survivre a une si longue prise d’armes. Le génie du peuple américain ne s’est nulle part montré sous un jour plus significatif ; il a été plus fort que l’insuffisance des récoltes, le renchérissement de la denrée, les embarras du papier-monnaie et les charges du service militaire. La manufacture, comme un vaillant navire, a traversé cet ouragan en serrant une partie de ses voiles, et s’est trouvée, quand le calme est revenu, sinon intacte, du moins en mesure de réparer ses avaries. En 1861, première année de la guerre, la manufacture réduisait le chiffre des opérations à 550,000 balles, et en 1862 à 300,000, limite extrême de ce recul. En 1863, elle remonte à 310,000 balles, et en 1864, à la fin des hostilités, elle est à 330,000. Puis la revanche commence, rapide comme la reprise des immigrations, le réveil de l’activité commerciale et la reconstruction du régime politique. Dès 1865, l’industrie cotonnière est ramenée à une consommation de 550,000 balles, et trois ans après, en 1868, on la voit déjà s’élever à 950,000 balles, c’est-à-dire à un chiffre qui excède de 50,000 balles celui de l’année la plus favorisée avant la rébellion. En quatre ans, le terrain perdu à donc été regagné et au-delà : non pas que la culture ait marché du même pas que la manufacture, des influences particulières ont, comme on le verra, pesé favorablement du côté de celle-ci, et en ont accru le lot ; mais, si incomplète qu’elle ait été, la liquidation à bref délai d’affaires aussi embarrassées n’en demeure pas moins, pour l’activité d’une nation, un beau signe de virilité, et pour sa fortune une de ces réparations qui indiquent un changement de veine.

Le détail des faits est de nature à fortifier cette opinion. Un document très précis a été publié dans les derniers mois de l’année 1869 sur la situation de l’industrie du coton aux États-Unis. C’est un rapport dressé en comité et contrôlé en assemblée générale par l’Association des planteurs et des manufacturiers. On y récapitule état par état l’importance de la fabrication, le nombre des établissemens en activité et des broches qu’ils comptent, les numéros des filés, le travail annuel par broche et les quantités de matière employée. C’est la fabrique en action ; les hommes compétens peuvent d’un coup d’œil en juger le mécanisme et