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l’année suivante. Le 30 août 1794, Carnot, au nom du comité de salut public, parut à la tribune et communiqua la première dépêche transmise par le nouveau courrier. « Citoyens, dit-il, voici la nouvelle qui nous arrive à l’instant : Condé est restitué à la république. La reddition a eu lieu ce matin à six heures. » Une vive acclamation suivit cette lecture. L’assemblée décréta que Condé prendrait le nom de Nord-Libre, et que l’armée du nord avait bien mérité de la patrie. A l’issue de la séance, le président donna lecture d’une lettre de Chappe, écrite le même jour, annonçant que les décrets de l’assemblée avaient été envoyés à Lille par le télégraphe, et que l’accusé de réception avait été communique par la même voie. Trois dépêches avaient ainsi été échangées dans la même journée entre la capitale et les frontières.

Parmi les savans que nous avons cités se trouvent beaucoup de membres de l’Académie des Sciences. L’illustre compagnie, loin de se désintéresser de la crise, avait montré la plus honorable activité pour en conjurer les maux ; malheureusement elle y devait succomber elle-même. Ses relations avec les pouvoirs chargés de la défense, commencées sous les auspices les plus heureux, finirent par une triste mesure, la suppression de l’Académie. L’assemblée nationale, toute-puissante et, comme on l’a dit spirituellement, condamnée à une science universelle, était accablée d’offres et de demandes de toute sorte. Elle déféra, pour alléger sa tâche, an grand nombre de questions à l’Académie, qui au début se retrancha avec une prudente sincérité dans son rôle purement scientifique. Consultée sur le nombre des pains de quatre livres que l’on peut retirer d’un sac de farine, elle renvoya la municipalité à un rapport antérieur de 1783, qui rendait de nouvelles expériences absolument inutiles. A l’occasion d’un projet de cartouche incendiaire destinée aux combats sur mer, elle reconnut les avantages destructeurs de la cartouche, et convint que par ce moyen l’équipage entier d’un navire deviendrait la proie des flammes ; mais elle se demanda s’il était permis ou même nécessaire d’employer un tel procédé. Les commissaires rappelèrent aussi qu’en 1759, pendant la guerre de sept ans, lorsqu’on of frit à Louis XV d’employer un feu inextinguible que venait de découvrir un joaillier de Paris, le roi ordonna d’ensevelir le secret dans le plus profond oubli. D’après ces considérations, l’Académie, fidèle à ses principes et à ceux de l’humanité, conclut qu’elle ne pouvait, sans un ordre exprès du gouvernement, faire des expériences sur la cartouche proposée. Le 13 avril 1791, l’Académie fut invitée à faire l’essai des métaux précieux provenant des églises jugées inutiles au culte ; un des membres de la commission trouva que c’étaient des opérations délicates tant par rapport aux circonstances que pour obtenir des