Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/406

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habitans. Une armée ainsi éprouvée avait besoin de quelques jours de repos pour se refaire de ses fatigues et se réorganiser. Le temps pressait moins d’ailleurs. Le maréchal Bazaine présumait que l’armée de Mac-Mahon s’avançait à son secours. Dans la forte position qu’il occupait, il pouvait à son choix attendre qu’on vînt le délivrer ou chercher le point faible de ses adversaires. Peut-être aussi espérait-il que les Prussiens seraient forcés de détacher contre l’armée de secours une partie de leurs forces, ce qui arriva en effet. Malheureusement, si le temps était pour lui un auxiliaire, ses ennemis en profitaient avec plus d’habileté et d’énergie qu’il ne l’avait supposé pour lui fermer toute issue. En quelques jours, une ligne savante de retranchemens armés d’artillerie investissait de toutes parts la place de Metz. Les Allemands, qui avaient étudié à fond les opérations de la dernière guerre d’Amérique et le système de travaux dont s’étaient servis les Russes à Sébastopol, enfermaient l’armée française dans ce cercle de fer qu’ils prétendent aujourd’hui avoir tracé de nouveau autour de Paris. L’armée du roi ou de Steinmetz travailla, avec l’armée du prince Frédéric-Charles, à cette œuvre gigantesque jusqu’au moment où une partie de ces forces marcha en même temps que l’armée du prince royal à la rencontre du maréchal Mac-Mahon. Peut-être eût-il été possible de guetter l’heure où elles s’éloignèrent pour se frayer un passage avant que les travaux d’investissement fussent achevés. Le maréchal Bazaine comprit-il alors, aussi nettement qu’il dut le comprendre plus tard, que les occasions perdues se retrouvent difficilement, qu’il ne fallait à aucun prix se laisser enfermer, qu’aucun échec subi en rase campagne, si cruel qu’il fût, ne serait comparable à la dure nécessité de capituler un jour, de livrer un jour une ville qu’on ne pouvait sauver qu’à la condition d’en sortir ? A ce moment-là peut-être, comme à la bataille de Gravelotte, la vue du danger présent l’empêcha-t-elle de discerner les périls beaucoup plus redoutables que lui réservait l’avenir.

En tout cas, pendant douze jours, du 18 au 31 août, lorsque les lignes d’investissement de l’ennemi étaient évidemment moins fortes qu’elles ne le furent plus tard, lorsque chaque journée rendait la situation de l’assiégeant plus redoutable, sans rien ajouter aux chances de l’assiégé, l’armée de Metz ne livra qu’un engagement peu sérieux, dont les Allemands parlent comme d’une simple escarmouche d’avant-garde, dans la direction du nord-est, sur la rive droite de la Moselle. Le maréchal Bazaine se recueillait visiblement pour un plus grand effort. Après avoir tâté le terrain le 26, sur le point des lignes ennemies qu’il croyait avec raison le plus faible, ce fut du même côté qu’il dirigea sa grande attaque du 31 août et