Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/491

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Les dépenses de 1860 restèrent inférieures de 700,000 liv. st. au chiffre prévu, et il y eut par contre une grande déception sur les recettes. Un printemps et un été froids et humides avaient empêché la récolte d’arriver à bonne maturité, et le prix du pain avait atteint des cours très élevés. L’hiver qui suivit fut des plus froids, et pendant plusieurs semaines tous les travaux en plein air durent être suspendus. Aussi l’ouvrier, obligé de réserver ses ressources pour l’achat des objets les plus nécessaires à la vie, consomma moins de spiritueux, et à la perte que le trésor éprouva de ce chef vint s’en ajouter une autre de 900,000 liv. st. sur le malt, dont la fabrication fut moindre à cause de la pénurie de l’orge et du houblon. En conséquence, le budget se soldavavec un déficit de 2,200,000 liv. st. que couvrirent les ressources de la dette flottante, et cependant, malgré toutes ces circonstances défavorables, la réforme commerciale opérée dans la dernière session avait déjà commencé à produire ses heureux effets : l’accroissement des exportations avait été de 6 millions de liv. sterl., et celle des importations de 3 millions.

Au printemps de 1861, la guerre avec la Chine était terminée. Il ne restait plus qu’à en payer les derniers frais, et dans le budget présenté par M. Gladstone le 15 avril les dépenses du nouvel exercice ne furent portées en prévision qu’à 69,900,000 liv. st., tandis que les recettes, y compris une indemnité de 750,000 liv. st. due par la Chine et en admettant aussi que les taxes de l’année précédente fussent renouvelées au même taux, étaient évaluées à 71,800,000 liv. st. Il y avait donc là un excédant probable de ressources qu’il eût été peut-être plus sage de tenir en réserve pour décharger la dette flottante grevée du déficit de 1860 ; mais le renouvellement et surtout l’élévation à 10 deniers de l’income-tax avaient excité de vives plaintes dont il importait de tenir compte au plus tôt. D’un autre côté, l’abolition du droit sur le papier paraissait chose promise, et la chambre des communes, qui sur ce point et en présence de besoins extraordinaires avait l’année précédente accepté sa défaite de bonne grâce, n’aurait pas consenti à transiger une seconde fois. Néanmoins les uns auraient préféré que le dégrèvement eût lieu complètement sur l’income-tax, d’autres au contraire que l’impôt indirect en eût seul profité, et, rendant compte des obsessions dont il avait été l’objet à cet égard, M. Gladstone déclara que, s’il était permis à un simple particulier d’avoir plus de goût pour les contributions directes que pour les contributions indirectes et réciproquement, un ministre des finances ne devait avoir aucune préférence. Quant à lui, dit-il, il ne pouvait mieux les comparer qu’à deux sœurs également pleines d’attraits ayant pour père et mère le besoin et l’invention, introduites dans la société de Londres chacune avec une riche dot et ne différant entre elles qu’en ce