Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/500

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


excédait de beaucoup la somme que la prudence conseillait de tenir en réserve, et une nouvelle remise de taxe devenait ainsi encore possible. 562,000 liv. st. furent affectées à dégrever les vins en bouteilles en les assimilant aux vins en fûts, à diminuer les droits SUT les omnibus, les diligences, les chevaux de poste, et à supprimer ceux sur le poivre et les bois étrangers. Restaient 780,000 liv. st., que M, Gladstone conseilla d’employer jusqu’à concurrence de 512,000 liv. A une réduction de la dette.

En 1815, à la fin de la guerre avec l’empire, le capital de cette dette avait atteint 902 millions de liv. st., chiffre le plus élevé auquel il soit jamais monté, et en 1853, malgré deux emprunts contractés, l’un de 20 millions de liv. st. pour l’émancipation des nègres aux colonies, et l’autre de 8 millions de liv. pour les besoins de l’Irlande en 1848, il n’était plus que de 800 millions de liv. Dans l’espace de trente-huit années, 130 millions de liv. st. avaient donc été éteints, d’abord jusqu’en 1829 par l’action de l’amortissement, puis, à partir de cette époque, par l’affectation législative à l’extinction de la dette du quart au moins des excédans de recettes réalisés en fin d’exercice. Les emprunts faits pendant la guerre de Crimée avaient relevé le capital à 832 millions de liv. st. ; mais de 1857 à 1865 il était retombé à 797 millions de livres, et, tandis que la diminution moyenne pendant la paix avait été annuellement, de 184 5 à 1853, de 2,609,000 liv., et de 1857 à 1865 de 3,646,000 livres sterl., l’augmentation moyenne pendant, les trois années de la dernière guerre avait dépassé 10 millions de liv. La puissance d’accroissement durant la guerre avait donc été au moins trois fois plus forte que celle de décroissement durant la paix, et il y avait là, suivant M. Gladstone, une disproportion qu’il importait d’atténuer. Quelle opinion, disait-il, aurait-on d’un homme qui, en une année de bonne récolte, consommerait tous ses produits sans rien réserver pour les jours de disette ? Sans doute l’emprunt, par les moyens de soulagement qu’il procurait et les faibles charges qu’il paraissait imposer en échange, était chose séduisante ; mais on pouvait dire de lui ce qu’un poète avait dit de la renommée, qu’à son début marchant à petits pas, elle s’élevait bientôt dans les airs, et que, tandis que ses pieds s’enfonçaient dans le sol, sa tête se cachait dans les nues. Ou plutôt pourquoi ne pas le comparer à ce lionceau dont parle Eschyle, qui, pris à la mamelle de sa mère et porté au logis du chasseur, y joua et gambada aussi longtemps qu’il fut jeune avec les enfans et les chiens de la maison, mais qui, devenu fort et ayant recouvré soudainement sa férocité naturelle, inonda cette maison entière du sang de ses habitans ? Il en était ainsi des embarras financiers : ils arrivaient d’une façon insidieuse, s’aggravaient peu à peu, et un jour venait où ils s’imposaient d’une façon accablante. Depuis