Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/568

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bles : ils ont servi à dissiper bien des équivoques, à dégager la vérité des situations, à montrer la France dans la généreuse attitude d’un peuple qui ne s’abandonne pas, qui en se défendant défend le droit de tous les peuples, l’inviolabilité des indépendances nationales, la paix elle-même, la paix de demain et d’aujourd’hui, la paix permanente du continent européen, contre la brutalité des déchaînemens de la force.

La moralité de cette lutte si tristement, si implacablement poursuivie est là tout entière en effet. La Prusse ravageant la France de Metz à Orléans, de Dijon à Chartres, voulant à tout prix faire plier Paris sous la pointe de son épée, et faisant de la mutilation d’une nationalité séculaire la première condition de la paix, qu’est-ce autre chose que la conquête dans ce qu’elle a de plus violent et de plus odieux ? La France assaillie dans ses foyers, menacée dans son existence, fière encore et toujours prête à combattre pour la sauvegarde de son intégrité, offrant la paix, mais ne la voulant pas sans l’honneur, qu’est-ce autre chose que la stricte défense dans ce qu’elle a de plus légitime et de plus émouvant ? Tel est le spectacle qui depuis trois mois se déroule avec toutes ses péripéties devant l’Europe et devant le monde. On a pu s’y tromper avant le 4 septembre, lorsqu’il y avait un gouvernement qui s’entendait aussi bien à conduire ses campagnes diplomatiques qu’à organiser ses campagnes militaires. Pour tous les esprits de bonne foi, il n’y a plus eu à s’y méprendre depuis le 4 septembre, depuis ce jour où M. Jules Favre, faisant violence à ses sentimens les plus intimes, allait à Ferrières porter une parole de paix, essayer d’arrêter cette horrible effusion de sang par quelque grande transaction que la France se montrait prête à accepter, même dans ce qu’elle aurait de rigoureux, pourvu qu’il n’y eût rien contre la dignité nationale, contre l’équité souveraine. L’équivoque est encore moins possible depuis le jour où la Prusse a fait échouer par son arrogance cet armistice que les puissances neutres proposaient il y a un mois et que M. Thiers allait négocier à Versailles. Ce qu’il y a d’étrange, et ce qui tendrait à prouver que M. de Bismarck n’est peut-être pas absolument sans crainte sur l’effet de son attitude en Europe, sur les embarras que pourrait lui créer la manifestation du sentiment universel, c’est le soin avec lequel le chancelier de la confédération du nord s’ingénie à tout travestir, — c’est aussi cette doucereuse récrimination d’une de ses dernières dépêches à l’adresse de lord Granville, que le premier ministre du roi Guillaume veut bien prémunir contre le danger de se montrer trop sympathique pour la France dans les circonstances actuelles. Le chancelier prussien craint que l’Angleterre n’aille contre son but en témoignant des sympathies qui pourraient causer des illusions nouvelles au gouvernement français et entretenir ce gouvernement dans la « voie mauvaise » où il est engagé, lorsqu’il serait bien plus simple de nous dire tout de suite d’en passer par ce que veut la Prusse.

Après tout, que veut M. de Bismarck ? Dieu est témoin qu’il ne veut