Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/579

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


électoraux, dès que les circonstances la rendront praticable, est son plus cher espoir et son premier mandat.

Permettez maintenant, puisque j’ai pris cette licence de donner un avis à ceux sur qui repose le fardeau redoutable de veiller à nos destinées, permettez que je leur adresse encore une prière. Je voudrais, quand ils sont réunis, qu’ils se fissent lire souvent et à haute voix les nobles et fermes paroles qu’au lendemain du 3 novembre, de ce scrutin qui venait de leur donner un éclatant baptême, ils signèrent tous et adressèrent à la population parisienne. « Désormais, disaient-ils, c’est l’autorité de votre suffrage que nous avons à faire respecter… Nous ne souffrirons pas qu’une minorité brave les lois et devienne par la sédition l’auxiliaire de la Prusse. » Cette proclamation pour moi est comme un diapason qu’il faudrait faire sans cesse sonner à leur oreille pour qu’ils y accordassent en toute circonstance leurs actes et leurs discours. N’est-il pas évident que cette minorité dont ils parlent, à demi factieuse, à demi entraînée, quelle qu’en soit la faiblesse relative, et si découragée qu’elle dût être par l’écrasante majorité qui la condamne et qui la combattrait, n’en poursuit pas moins son dessein ? En ce moment par exemple, — les clubs s’en cachent-ils et le doute se peut-il admettre ? — elle se prépare à profiter de la passion la plus aveugle et la plus douloureuse, du levier le plus redoutable et le plus apte à remuer les masses populaires, la terreur de la faim et les excès égalitaires qu’elle peut engendrer. Si des mesures prévoyantes et fermes ne sont pas prises dès à présent pour qu’aux premiers symptômes, aux plus légères tentatives de ces perquisitions violentes qu’on ose provoquer et prôner tous les soirs, la répression la plus sévère protège incontinent les droits du domicile et la liberté du foyer, je n’ose dire dans quel affreux régime nous pouvons être engagés, et quel secours imprévu, ou plutôt, je me trompe, attendu, espéré, peut-être même aidé, la Prusse peut ainsi recevoir ! C’est là ce qu’elle guette, la sédition dont à Versailles, dès le 28 octobre, à propos de la chute de Metz, on se promettait le triomphe, on se flatte aujourd’hui qu’elle prendra sa revanche par la question alimentaire. Cette odieuse espérance sera certainement déçue, j’y compte ; mais cette fois, de grâce, prévenons au lieu de réprimer ; prévenons par un langage net et précis, par une attitude au moins froide vis-à-vis d’hommes qui nous ont séquestrés et qui nous ont tenus sous le canon de leurs fusils pendant des heures entières. Comment ne pas savoir qu’on ne gagne rien avec ces hommes à paraître les craindre, et surtout à leur prodiguer les faveurs et les privilèges, les complimens et les douceurs ? Certain drapeau que je pourrais citer, si bien brodé qu’il puisse être, n’aura pas converti, j’en réponds, un seul de ces mécontens ; ils en auront ri dans leur barbe, ils en font encore gorge chaude, tandis que tant de dévoûmens sincères, — et j’en citerais par milliers, — l’ont