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LA
MORALE DE LA GUERRE

KANT ET M. DE BISMARCK

Dans le tumulte des événemens qui nous emportent et confondent nos fragiles raisons, c’est un besoin de remonter vers ces régions qu’habitent les grandes intelligences et d’aller y recueillir, comme à leur foyer, ces clartés de la raison pure, qui parfois se troublent ou s’éteignent en nous. J’ai relu, pour me distraire de nos deuils et de nos misères, de nobles pages de Kant qui sont bien en situation d’ailleurs et dont l’impression est salutaire, puisqu’elles nous empêchent de désespérer de cette pauvre race humaine. On sort de cette lecture fortifié ; on se sent meilleur, moins prompt au découragement, plus résolu à reprendre l’œuvre si violemment interrompue du travail et de la civilisation. On se surprend à rêver encore de progrès même à travers le trouble des temps. Ce grand esprit, ce noble cœur, d’accord avec les génies bienfaisans de tous les âges, essaie d’amener l’humanité à civiliser la guerre, à l’adoucir, en attendant qu’elle soit en mesure de la supprimer. Pourquoi ses leçons n’ont-elles pas été mieux écoutées par les hommes de notre temps ? En vain la sagesse superficielle des sceptiques prétend que la guerre est toujours la barbarie, qu’elle n’a été et ne sera jamais que cela, et qu’il n’y a pas de bonne manière de faire une mauvaise chose. Kant répond et démontre qu’il y a des degrés jusque dans les mauvaises choses, qu’il y a une mesure dans l’usage et même