Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/627

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furent chargés d’installer à Meudon une école d’aérostiers qui fonctionna jusqu’en 1803, époque où le premier consul en prononça la dissolution pour disperser, dit-on, les officiers qui la dirigeaient, et qui inculquaient à leurs élèves des principes républicains. Quoi qu’il en soit, pour retrouver les ballons à la suite de nos troupes, il faut aller jusqu’à la bataille de Solferino, où M. Eugène Godard fut attaché à l’armée française comme aéronaute, et signala très heureusement un mouvement d’approche de l’ennemi. — Dans la guerre de sécession américaine, les ballons furent également, à plusieurs reprises, employés dans les reconnaissances militaires. On comprend de quelle utilité peut être un aérostat retenu fixe comme moyen d’observation, surtout en rase campagne. On peut s’élever ainsi presque immédiatement jusqu’à une hauteur de 300 mètres au-dessus du sol, qui est celle d’une montagne assez haute. Par cette ascension, si elle est instantanée, l’on peut utilement surprendre les mouvemens de l’ennemi, et, au moyen d’un système télégraphique arrêté et disposé d’avance, diriger la conduite du ballon, et faire parvenir ses observations à terre. Tels sont les avantages d’une ascension aérostatique militaire. Les inconvéniens sont de plusieurs sortes. D’abord le tir de l’ennemi peut crever le ballon et blesser l’aéronaute : cela s’est vu en 1795 à l’armée du Rhin ; mais cet inconvénient peut être mis au rang des chances plus ou moins malheureuses qu’on rencontre à la guerre ; ensuite il est souvent périlleux de se maintenir dans l’air par un vent violent ; enfin il est difficile de se procurer partout le gaz nécessaire.

Autant l’ascension libre est agréable à l’aéronaute quand il s’abandonne entièrement, sans nul souci, sans nulle préoccupation, au mouvement de translation qui l’emporte, autant l’ascension captive cause une sensation désagréable pour peu que l’air soit agité. On sent alors qu’on lutte contre le vent, que le moindre effort pourrait faire lâcher prise aux hommes qui retiennent l’aérostat captif. Celui-ci n’est plus qu’une bouée dont on devine très bien toute la fragilité, et qui peut même se briser en morceaux dans la lutte contre le courant aérien, souvent très rapide, au milieu duquel on essaie de le fixer. Les moyens employés pour la manœuvre sont du reste très primitifs. On n’a pas, comme l’avait M. Giffard en 1867 pour son ballon captif, un treuil à vapeur à sa disposition. C’est avec des pour les fixées sur un plateau solide et dans la gorge desquelles passent les câbles de retenue, ou bien avec des cabestans ou des treuils sur l’arbre desquels s’enroulent ces mêmes câbles, que se manœuvre l’aérostat. Au départ, les hommes suspendus aux cordes les laissent peu à peu glisser dans leurs mains jusqu’à une certaine hauteur, et les livrent ensuite aux poulies et aux treuils. Avec