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opéra sa descente dans l’état de Maryland, et fit immédiatement parvenir au général en chef les observations recueillies pendant cet intéressant voyage. On dit que Mac-Clellan en fut tellement satisfait, que l’ordre fut immédiatement donné par le département de la guerre de construire quatre nouveaux aérostats.

La nécessité d’employer à la guerre des ballons captifs fait songer tout de suite aux montgolfières, qui ont été les premiers ballons. On sait que ceux-ci sont gonflés avec de l’air chaud, et que la montgolfière s’élève précisément en vertu de la différence de densité entre l’air chaud qui la remplit et l’air à la température ordinaire, différence qui peut aller jusqu’à la moitié, si l’on chauffe l’air à 100 degrés, et qui par conséquent permet d’avoir avec l’air chaud employé au gonflement tous les avantages du gaz d’éclairage. Des dispositions très ingénieuses ont été prises pour éviter avec l’air chaud toutes les chances d’incendie et les pertes de chaleur par le rayonnement, et on a paré aussi à la nécessité d’alimenter la montgolfière pendant tout le temps du trajet. Avec ce système, le gonflement d’un ballon de 14,000 mètres cubes, comme l’était l’Aigle, qui s’éleva au-dessus de Paris en 1864, et qui est resté jusqu’à ce jour un des ballons du plus grand volume connu, ce gonflement ne demande pas même une heure, alors qu’il faut plusieurs heures avec le gaz d’éclairage sous bonne pression et sur une conduite de fort diamètre. Aussi, suivant les vieux aéronautes, c’est la montgolfière qui est la reine des aérostats. « On y reviendra, » nous disait M. Eugène Godard, qui ne rêve que montgolfières, bien que toujours forcé de monter dans des aérostats.

L’emploi de la montgolfière et l’usage qu’on peut faire des ballons à la guerre, notamment pendant un siège, nous amènent à parler d’un projet que certains aéronautes caressent, celui de rentrer en ballon dans une ville bloquée. Au premier abord, ce projet paraît chimérique, surtout quand on réfléchit, on l’a vu, que le ballon dans l’air est le jouet du vent ; mais si l’on approche de la place bloquée avec une montgolfière prudemment et en cachette jusqu’à la limite des lignes de circonvallation ennemies, et, une fois là, si l’on profite en toute hâte d’un courant d’air favorable, nul doute que, vu le peu de temps que nécessite le gonflement d’une montgolfière et la grande facilité de cette opération, on n’arrive à s’élever promptement dans l’air au-dessus de la ville bloquée, même sans être tout d’abord aperçu de l’ennemi. On pourrait ensuite, au moyen de manœuvres très habilement faites, descendre dans la ville, et la chose serait d’autant moins impossible que cette ville occuperait une surface plus considérable. Le seul danger auquel on soit réellement exposé, et il est très sérieux, c’est celui de la descente. Les arbres,