Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/631

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les cheminées, les toits des maisons, un cours d’eau comme la Seine, divers obstacles des rues, des promenades, peuvent mettre alors en péril la vie de l’aéronaute. C’est ainsi que Mme Blanchard, partie en 1819 des jardins de Tivoli à Paris, alla misérablement échouer rue de Provence. Son ballon fut arrêté à l’angle d’un toit, et la malheureuse fut relevée morte sur le pavé.

Il nous reste à dire un dernier mot du rôle que les ballons peuvent jouer à la guerre, précisément au sujet de la projection de bombes fulminantes dont on pourrait charger des aérostats libres, qui, aidés d’un vent favorable, laisseraient tomber des projectiles au-dessus des troupes ennemies. Il est douteux qu’un tel moyen d’attaque soit admis par le droit des gens ; mais ce qui est certain, c’est qu’on y a pensé de tout temps, même dès les premiers jours de l’application des ballons aux choses de la guerre. Aujourd’hui encore les cartons du gouvernement sont pleins de communications, de projets de ce genre, que l’investissement de Paris a fait éclore dans le cerveau d’inventeurs plus patriotes que sensés. Qui n’a même là-dessus rêvé à sa projection de picrate ? Malheureusement, toute question humanitaire ou légale mise à part, la chance qu’on aurait de réussir est presque nulle. Supposons en effet qu’il parte de Paris un ballon chargé de projectiles fulminans, et qu’un vent favorable le mène par exemple sur Versailles, où campe en force l’ennemi. Les troupes seront-elles précisément ce jour-là dehors, en grand nombre, massées pour une revue, une manœuvre, au moment précis où l’aérostat passera ? Et si, par extraordinaire, le fait avait lieu, le ballon passerait-il justement à l’endroit où seraient les troupes, et aurait-on le temps de bien calculer et combiner la vitesse du ballon avec celle des projectiles pour faire éclater ceux-ci précisément au milieu des soldats allemands ? On aurait beaucoup de chances contraires pour une heureuse. En supposant même réunies toutes les conditions favorables, il faudrait encore renoncer à de tels moyens de détruire ses ennemis, et, bien qu’en ce moment les Prussiens ne nous donnent pas précisément l’exemple de la bonne foi, de la loyauté, de la générosité, dont des combattans civilisés devraient toujours faire preuve les uns à l’égard des autres, mettons toutes les bonnes raisons de notre côté en refusant de recourir même à l’idée d’employer contre eux des procédés de destruction que réprouve l’humanité.


III

En 1783, l’invention de l’aérostat par les frères Montgolfier vint donner une vie nouvelle à des recherches vieilles comme le monde,