Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/726

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Charles-Quint, et qui donnèrent naissance à la ligue de Smalkalde et à la transaction de Passau, confirmée en 1555, et dont nous avons déjà parlé dans une précédente étude. Les couronnes et les états de Charles-Quint avaient été partagés, après son abdication, entre deux branches de sa maison, la branche espagnole et la branche autrichienne, toutes deux restées fort unies dans leur direction politique, ayant à combattre deux ennemis communs, la France et la réforme : celle-là menaçant leurs frontières, et celle-ci attaquant l’intérieur de leurs domaines. Les réformés accusaient une société célèbre d’être le trait d’union des deux monarchies issues de Charles-Quint, d’en inspirer les résolutions, en ce qui touchait le gouvernement particulier de leurs états. Ce qui est certain, c’est que l’administration de la maison d’Autriche, en Allemagne, semblait animée d’un esprit de réaction inquiétante contre les concessions de Charles-Quint à Passau et à Augsbourg, et que, la méfiance des réformés arrivant à son comble, on vit renaître, comme aux plus mauvais jours du siècle précédent, une union évangélique (1609) d’un côté, une ligue catholique de l’autre ; c’était le prélude d’une nouvelle guerre civile. Le roi Philippe III ayant expulsé les Maures d’Espagne en 1610, l’empereur d’Allemagne fut soupçonné d’en vouloir faire autant des protestans dans ses vastes domaines, et l’on ne se trompait pas. Les princes électeurs accusaient le chef de l’empire de vouloir les réduire au rang de grands d’Espagne ; les villes se crurent menacées dans leurs institutions municipales, les diètes craignirent pour leurs attributions. Les esprits étant ainsi surexcités, l’insurrection éclata en 1618 par l’élection d’un roi protestant de Bohême à la place de Ferdinand II. Là commence une première période de la guerre de trente ans, qui aboutit à la répression cruelle du mouvement de révolte. La France n’intervint en ce premier débat que diplomatiquement et dans un sens ambigu ; mais Ferdinand II avait comprimé, non apaisé l’émotion. Le roi de Danemark, prince réformé lui-même, se laissa persuader par les princes allemands, ses coreligionnaires, de prendre leur parti, et d’intervenir dans leurs affaires ; ce fut une seconde période de la guerre de trente ans (1625-29), plus active, plus sombre, plus affligeante que la première : on y vit apparaître Wallenstein, la terreur de l’Allemagne, et qui laissa loin de lui la renommée déjà si triste de Tilly. La France fut fort troublée, comme la Hollande, comme Venise, comme l’Angleterre, des succès de l’empereur, inquiétans pour l’indépendance de l’Europe et pour les libertés de l’Allemagne ; mais Richelieu venait à peine d’entrer au conseil, rien n’était prêt pour une entreprise, pour une alliance : la France dut se borner à contrarier dans la Valteline la jonction des impériaux et des Espagnols. Ferdinand il