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influence sur les partis dans le royaume, qu’elle bloquait par ses possessions, qu’elle agitait constamment par ses intrigues. Ajoutez qu’un traité secret entre la branche autrichienne et la branche espagnole laissait espérer à celle-ci qu’elle pourrait joindre l’Alsace à la Franche-Comté [1]. L’Espagne était donc pour la France une puissance redoutable, qui de plus avait pris en Europe une grande autorité morale : elle était regardée comme le boulevard de la catholicité. Cependant Richelieu n’hésita pas plus que Gustave-Adolphe ; mais il y mit de la prudence et de la mesure. L’intérêt politique de la France était marqué ; elle avait toujours soutenu le corps germanique, elle lui prêta un nouvel appui, sollicité avec instance, imploré avec supplication. Gustave-Adolphe possédait une bonne armée, mais il manquait d’argent ; Richelieu lui en promit.

L’électeur de Brandebourg avait été l’un des plus ardens promoteurs de l’intervention française et suédoise, et ce fut dans ses états mêmes, à Bernwald, qu’en fut signé le traité entre l’agent français et l’agent suédois le 13 janvier 1631. Il ouvre une troisième période de la guerre de trente ans, la période suédoise. Sans la France, l’intervention de Gustave-Adolphe était impossible, car la Suède était alors absorbée par une guerre avec la Pologne, que la France réussit à pacifier pour donner à Gustave la disposition de ses forces. C’est ce qui est dit dans le préambule du traité de Bernwald ; une alliance y est stipulée entre les deux rois de France et de Suède pour porter la guerre en Allemagne, et obtenir le rétablissement des princes de l’empire qui avaient été dépouillés. Le roi de Suède s’oblige à mettre en campagne 30,000 hommes de pied, 6,000 hommes de cavalerie, et le roi de France s’engage à lui fournir un subside annuel de 400,000 thalers ; on devait tâcher d’amener la ligue catholique à la neutralité. Cette alliance était d’autant plus remarquable qu’elle fut signée au lendemain de la prise de La Rochelle sur les huguenots, et des folles équipées des protestans de France dans le midi du royaume. Schiller n’y veut voir qu’un premier pas de l’ambition française ; mais le débat était bien plus élevé, et un autre historien allemand, Heeren, plus profond que Schiller, en a bien mieux défini la portée et précisé le but. L’étroite union de Philippe III et de Ferdinand II avait ressuscité Charles-Quint avec une grande supériorité de conduite et plus de moyens d’exécution. L’indépendance de l’Europe était de nouveau mise en péril par l’assujettissement de l’Allemagne, et la France eût été insensée, si, ayant l’occasion d’une utile et féconde intervention, elle l’eût négligée. La fermeté d’esprit de Richelieu n’y pouvait faillir. Le projet de cession de l’Alsace à la branche espagnole était un

  1. Voyez Pfeffel, sur l’an 1617.