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huit ans. Il dédaigna néanmoins pour la seconde fois de se saisir de la couronne ; au métier de roi, il préférait celui de faiseur de rois. L’empire est aux flegmatiques, a dit un moderne ; ce mot était la devise du fils de Robert. Il savait qu’il y a au monde plusieurs manières de régner, et que la plus sûre n’est pas toujours celle qui se pare des signes extérieurs du pouvoir. Depuis cinquante ans qu’ils étaient en vue, les princes de la maison de France avaient eu ce rare privilège de ne rien oublier et de beaucoup apprendre. Aux qualités brillantes de ses ancêtres ; Hugues en alliait d’autres, tout à fait nouvelles en ce temps : le soldat se doublait chez lui d’un politique, il savait manier les événemens aussi bien que l’épée. S’il déployait à l’occasion cette fougueuse bravoure qui convenait à un petit-fils du Macchabée, il n’agissait en toute circonstance que d’après un plan réfléchi ; tous ses regards et tous ses mouvemens visaient un but déterminé : il y avait en lui comme un mélange du Téméraire et de Louis XI. Durant trente-trois années, son ambition, tout impersonnelle, au lieu de brusquer la fortune, travaille à poser doucement et solidement la pierre maîtresse sur laquelle après lui les Capétiens bâtiront. Si morcelée qu’elle fût, cette société du Xe siècle laissait en effet prévoir à un esprit tel que celui de Hugues qu’un jour viendrait où les membres épars de la nation tendraient à se réunir : qui empêcherait alors une royauté de forme nouvelle de refaire pour son propre compte l’unité sociale et politique du pays ?

Pour le moment, si Hugues refuse le trône, il n’entend pas que d’autres que lui en disposent. Or le meilleur moyen de prolonger, à son avantage et à celui des siens, une sorte d’interrègne déguisé, c’était de restaurer une royauté de parade et fainéante en la personne de quelque prince carlovingien. Il proposa donc aux grands vassaux d’élire tout simplement le fils de Charles III, Louis IV d’Outre-mer. Les vassaux ratifièrent volontiers un choix qui semblait laisser porte ouverte à toutes les futures convoitises. Louis IV, après la chute de son père, s’était réfugié « outre-mer, » sur ce sol anglo-saxon qui offrait déjà un asile aux rejetons des familles découronnées. Là, entouré de sa mère et de ses amis, il caressait en silence ces rêves de restauration qui n’abandonnent en aucun temps les exilés de race royale. L’appel de Hugues et des féodaux le trouva donc prêt à partir. Sans doute il fallut peu de jours au duc de France pour s’apercevoir que son protégé aspirait à un autre rôle que celui de roi mineur. Louis IV n’était pas un prince timide et irrésolu comme son père ; c’était un homme d’armes dans toute l’acception du mot, un digne élève des thanes saxons. Dès son avènement, il fait effort pour secouer les lisières dont Hugues, le maître