Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 92.djvu/735

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surtout le désir de distraire sa fille, qui dépérissait sans se plaindre, conduisirent Mme de Villepreux à Paris.

Elle y trouva dès son arrivée un parent dont la verte maturité s’égayait dans le monde le plus agité de la grande ville. Sa seule occupation était de s’amuser, et il n’en connaissait pas de meilleure, disait-il, puisqu’elle ne faisait de mal à personne. Malgré ses airs de légèreté et le décousu apparent de sa vie, M. de Porny ne manquait pas de qualités réelles dont ses amis avaient plus d’une fois éprouvé la solidité. II témoignait en toute occasion à Mme de Villepreux une estime et une affection dont elle pouvait à bon droit se montrer flattée. M. de Porny appartenait à la famille de son mari. À peine installée avec sa fille dans un appartement du quartier de la Madeleine, Mme de Villepreux jugea que nul homme n’était plus en mesure que son parent de leur faire les honneurs de Paris. Il s’y offrit de la meilleure grâce du monde, et dès ce moment il prit f habitude de se présenter chaque jour à l’hôtel de la rue d’Anjou-Saint-Honoré où Mme de Villepreux et sa fille avaient leur appartement. De la part d’un homme occupé comme l’était M. de Porny, c’était une preuve de dévoûment dont Mme de Villepreux, au courant des usages de Paris et de la vie absorbante qu’y mènent les gens de loisirs, lui tint grand compte. Elle lui marqua sa gratitude par une certaine confiance. Ce fut donc par elle que M. de Porny apprit que Gilberte se consumait dans une tristesse d’autant plus dangereuse qu’elle s’efforçait de n’en rien laisser paraître. — Elle lutte et elle est vaincue, lui dit-elle, cela prend la forme de la nostalgie…

— Quel âge a Mlle de Villepreux ? demanda M. de Porny.

— Elle est majeure, répondit la mère.

— Ah ! fit-il en attachant sur elle un regard perçant.

Mme de Villepreux rougit. — Eh bien ! reprit M. de Porny, sans paraître avoir remarqué cette rougeur, nous combattrons la nostalgie par les distractions.

Dès le soir même, il commença le traitement en apportant à Gilberte un coupon de loge pour l’Opéra. Ce qu’il avait cru deviner augmenta l’intérêt qu’elle lui inspirait. Il l’entoura d’attentions délicates, de soins et de prévenances où la gaîté qui était en lui se faisait voir, une sorte d’intimité s’établit entre eux. Alors tout en se promenant à cheval dans les allées du bois de Boulogne, tandis que Mme de Villepreux les suivait en voiture, ils eurent de grandes conversations sur les sujets les plus divers, que M. de Porny savait aborder avec beaucoup d’art et de mesure.

Le rire était revenu à Gilberte, et M. de Porny s’en montrait orgueilleux comme un médecin qui augure favorablement d’une cure