Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/765

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


forêt de Marchenoir, occupaient une série de positions, Messas, en avant de Beaugency, Beaumont, Gravant, Poisly, Saint-Laurent-des-Bois, aux défilés de la forêt, vers la gauche. Les Allemands de leur côté s’avançaient sur un front assez étendu entre Meung-sur-Loire et Ouzouer-le-Marché. A vrai dire, la lutte avait recommencé le 6 décembre par quelques engagemens de peu d’importance, qui avaient eu lieu autour de Meung. Le 7, elle s’animait singulièrement ; toute la journée, on se battait sur toute la ligne, à Saint-Laurent-des-Bois, où une attaque prussienne était vigoureusement repoussée, à Gravant, à Beaumont, à Messas. Sur quelques points, le feu avait été des plus violens. En réalité, les Allemands n’avaient pas gagné de terrain, Chanzy restait sur ses positions, et le soir il pouvait écrire à Tours avec une confiance virile : « Il se peut que nous soyons attaqués demain ; je compte que nous nous en tirerons comme aujourd’hui. »

Ce qu’il y avait de plus clair, c’est que le grand-duc pouvait mesurer désormais la résistance qu’il allait rencontrer à la vivacité des combats qu’il venait de soutenir dans la journée, et de son côté Chanzy, sentant l’orage approcher, attendait de pied ferme l’effort que l’ennemi ne pouvait manquer de renouveler contre lui. Le 8 en effet, la lutte devenait plus sérieuse ; elle s’engageait dès les premières heures du jour, moins vive peut-être sur notre gauche, vers la forêt de Marchenoir, plus opiniâtre et plus acharnée sur notre aile droite, où les Allemands tendaient visiblement à percer notre ligne, à séparer nos divisions de la Loire pour déborder l’armée française et s’ouvrir la route de Tours. Aiguillonné par les difficultés mêmes qui suspendaient sa marche, le grand-duc ne pouvait ni ne voulait s’arrêter, il se sentait piqué au jeu. Depuis neuf heures du matin jusqu’au soir, l’action se concentrait autour et en avant de Villorceau, dans ces positions de Cernay, de Cravant, de Beaumont, que Français et Allemands se disputaient avec une égale ténacité. L’amiral Jauréguiberry, chargé de toute la défense de l’aile droite, tenait tête intrépidement à l’ennemi, si bien qu’à la nuit tombante, au prix des plus sanglans efforts, on s’était maintenu, et cette fois encore le général Chanzy, sous la première impression du combat, pouvait écrire à Tours : « Attaqués de nouveau sur tout notre front, nous avons tenu toute la journée. Tous les corps ont été engagés depuis Saint- Laurent-des-Bois jusqu’à Beaugency. Nous couchons sur les positions de cette nuit… » Malheureusement le commandant de la deuxième armée ne savait qu’une partie de la vérité quand il écrivait ce bulletin, où respirait la confiance.

Tout aurait été pour le mieux effectivement dans cette journée du 8 sans un de ces contre- temps qui déconcertent toutes les