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commerciales et les provinces où des hommes de race inférieure se trouvent en majorité.


II

Les stations que la Grande-Bretagne entretient sur tous les rivages du globe dans l’intérêt de sa marine militaire ou marchande sont des dépendances plutôt que des provinces de l’empire britannique. Les droits du self-government leur sont refusés ou ne leur sont accordés qu’avec plus ou moins de restriction. Les pouvoirs que le gouvernement tient de la couronne ne sont balancés que par des conseils dont quelques membres seulement sont élus par les habitans ; comme de juste, la responsabilité croît avec l’autorité, et la dépense avec la responsabilité. Les budgets de ces petits établissemens ne se maintiennent en équilibre qu’avec les subventions que leur accorde la métropole. Par conséquent, chacun d’eux peut être l’objet d’un compte de profits et pertes dont le résultat, souvent négatif, suggère l’idée que beaucoup de ces postes secondaires devraient être abandonnés.

A quoi servent, par exemple, les stations de la côte occidentale d’Afrique ? La reine d’Angleterre possède là quatre colonies distinctes, réunies sous l’autorité d’un gouverneur-général qui réside à Freetown, capitale de Sierra-Leone ; on y compte 400,000 indigènes ou environ contre 200 ou 300 Européens. Le climat est mortel pour ceux-ci. Les Anglais s’établirent d’abord sur la côte de Guinée, au temps de la reine Elisabeth, pour y faire le commerce des esclaves et de la poudre d’or. Plus tard, convertis aux idées anti-esclavagistes, ils conservèrent leurs stations comme ports de relâche des escadres qui surveillaient la traite des nègres. A présent, le commerce des esclaves est à peu près éteint ; l’escadre des côtes occidentales d’Afrique se tient au cap de Bonne-Espérance ; les Anglais n’ont donc plus d’autre raison de se maintenir dans ces parages que le désir de protéger leurs nationaux qui trafiquent avec les indigènes ; mais on s’est aperçu que le commerce est bien plus prospère là où le pavillon britannique ne flotte pas en permanence ; les trafiquans s’appliquent davantage à éviter les querelles quand ils ne se sentent pas appuyés par une garnison. Les naturels eux-mêmes vivent plus tranquilles lorsque les Européens sont si loin qu’aucun des deux partis en lutte ne peut espérer leur appui.

Au fond, sir Charles Adderley convient que l’ingérence du gouvernement anglais dans les affaires intérieures des peuplades nègres n’a pas été heureuse, et que ses compatriotes n’ont pas un champ d’activité suffisant sous un climat qui leur est pernicieux au plus haut degré. Il abandonnerait volontiers cette région tout entière