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LES ÉCOLES D’APPRENTIS.

gique seule, il n’a pas été, dans une période de vingt années, de moins de 30,000 enfans, la plupart arrachés à la mendicité et à tous les vices qu’elle engendre.

À parcourir les autres états de l’Europe, nous trouverions pour les mêmes faits d’égales dissemblances ; c’est en France seulement qu’un petit nombre d’essais ont été tentés sur le vrai terrain et dans le véritable sens de la question. Laissons d’abord de côté les écoles d’arts et métiers d’Angers, d’Aix et de Châlons, et l’école de La Martinière, à Lyon, qui s’appliquent aux mêmes besoins, y apportant un esprit à part. La destination des écoles des arts et métiers est de former des contre-maîtres ; c’est une sorte d’élite qu’elles recrutent par le concours, qu’elles créent par une préparation spéciale, — un corps de sous-officiers, non de soldats. Le but de leurs études et de leur ambition est non de prendre rang dans la classe ouvrière, mais d’en sortir. L’école de La Martinière n’est pas autre chose qu’une sorte de préparation aux divers travaux de la fabrique lyonnaise ; ce n’est pas une école d’apprentissage : le travail manuel n’y occupe chaque élève qu’une heure par jour. C’est moins à toutes les catégories d’ouvriers qu’elle s’adresse qu’à des catégories spécifiées. Or ce qu’il importe surtout quand on va jusqu’au fond du problème, c’est de former non quelques ouvriers, mais la masse des ouvriers, de venir en aide à tous les enfans que chaque année l’école livre à l’atelier. Il ne s’agit plus de quelques hommes qui aspirent à un grade, c’est une armée qu’en ce qui concerne Paris on s’étudie à pourvoir. Comment y parvenir ?

Divers systèmes ont été successivement mis à l’essai : le premier consiste à placer l’école primaire dans l’atelier, le second à placer l’atelier dans l’école primaire, le troisième à combiner l’école primaire et l’atelier, le quatrième à faire de l’école d’apprentis une école spéciale. Tous les quatre ont fourni des résultats entre lesquels on peut choisir. Le premier système est appliqué dans les grands établissemens du Creusot, de La Ciotat et de Creil. À quatorze ou quinze ans au Creusot, à treize ans à La Ciotat, les élèves, presque tous fils d’ouvriers, quittent l’école proprement dite pour entrer dans l’usine ou dans les chantiers de construction ; mais en même temps ils sont astreints à suivre des cours spéciaux dans un local dépendant des ateliers. C’est l’école primaire dans l’atelier. Le second système est celui de l’ancien internat de la rue Neuve-Saint-Étienne-du-Mont et de l’internat actuel de Saint-Nicolas. Dans cet établissement, qui peut servir de type, la période des études primaires terminée, les enfans chez lesquels on a reconnu certaines dispositions naturelles et dont les familles le désirent, — environ 100 sur 1,500, — sont répartis entre dix ateliers différens. Tous les matins, pendant deux heures, ces élèves apprentis reçoivent un ensei-