Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 99.djvu/75

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lointaines, il y en a sans doute ; mais ces causes seraient restées assez vraisemblablement longtemps impuissantes sans la guerre, sans les désastres qui en ont favorisé l’explosion. Il y a des menées de factions, des revanches de partis vaincus, des passions de bouleversement poursuivant un plan longuement prémédité ; il y a aussi des phénomènes très accidentels, des déviations de patriotisme, des surexcitations engendrées par la claustration du siège, des défaillances, des surprises, toutes les improvisations du hasard s’enchevêtrant avec la conspiration. Paris est à un instant donné le centre du mouvement ; mais en dehors de Paris, et même pendant qu’on ne communique plus que par les airs, il y a comme des ébauches, comme des épisodes décousus du grand drame révolutionnaire dont la commune parisienne devient bientôt la formidable et fantasque condensation. Tout se mêle, tout se confond, complots, aberrations, malentendus. Quelle est la part des divers élémens ? où est la vérité ?

Elle commence pourtant à se foire jour cette vérité inexorable, enfouie jusqu’ici sous un amas de faits obscurs et d’interprétations intéressées ; elle se dégage peu à peu des livres, des débats de justice, de l’enquête laborieuse poursuivie par l’assemblée nationale, surtout de cette enquête, — œuvre diffuse peut-être en certaines parties, insignifiante quand elle flotte entre l’abstraction et la prolixité, singulièrement instructive néanmoins par un ensemble de témoignages directs qui, en se complétant ou en se contrôlant, rendent en quelque sorte sensible ce qu’on pourrait appeler la génération de ce mouvement du 18 mars. En un mot, à la lumière de quelques-unes de ces dépositions, celles de M. le préfet de police Cresson, de deux anciens affiliés de l’Internationale, M. Héligon, M. Fribourg, de quelques-uns des maires de Paris, de quelques-uns des chefs de la garde nationale, sans parler des dépositions des membres du gouvernement, — à cette lumière le drame apparaît dans son origine, dans sa marche, dans ce qu’il a de vivant et de précis. Hommes et choses se précipitent vers l’inconnu, vers le sanglant dénoûment, à travers le déclin de l’empire, les impuissans efforts de la défense nationale, les transes d’une ville assiégée et la décomposition de la chute définitive devant l’ennemi triomphant sur nos ruines d’un jour.


I

C’est la guerre, au mois de juillet 1870, qui descelle l’outre aux tempêtes, rien n’est plus évident. C’est dans l’émotion des défaites aggravées d’heure en heure et au coup de tocsin de Sedan qu’éclate la révolution du 4 septembre. C’est dans les troubles du siège que