Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 103.djvu/734

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’autorité ; de bonne heure on lui apprend à ne croire personne sur parole et à rejeter ce qui est contraire aux lois immuables de la nature. Ainsi préparé, le jeune homme se rend à l’université. Là, toutes les sciences sont enseignées ; il assiste à des cours divers, comprenant l’ensemble des connaissances humaines ; sa vocation se révèle, et, entré souvent à l’université pour devenir ministre du saint Évangile comme son père, il en sort philologue, mathématicien, physicien, chimiste ou naturaliste. Telles sont les circonstances qui nous expliquent pourquoi tant de savans hors ligne sont nés dans les presbytères évangéliques de l’Europe protestante. Si les prêtres catholiques n’étaient pas condamnés au célibat, et s’ils faisaient les mêmes études que les ministres protestans, je ne doute pas qu’il ne sortît également des cures catholiques un nombre très notable de savans illustres. M. de Candolle a mis en lumière un autre fait bien consolant pour la France, et bien propre à faire réfléchir ces hommes qui semblent animés encore de l’esprit d’intolérance qui a été déjà si funeste à notre pays. L’auteur a recherché quels étaient, parmi les savans illustres nés en Suisse et en Hollande, ceux qui étaient des descendans de réfugiés français expulsés ou émigrés pour cause de religion, avant et après la révocation de l’édit de Nantes. Le nombre approximatif de ces réfugiés s’élève à 500,000 âmes. Voici les noms que la France peut réclamer ; la plupart d’entre eux ont été de nouveau naturalisés par la science lorsque l’Institut les a nommés correspondans ou associés étrangers ; ces noms sont connus de tous les hommes qui ont quelque teinture des sciences physiques et naturelles. Ce sont Jean et Gaspard Bauhin, botanistes, Jean et Abraham Trembley, le premier mathématicien, le second naturaliste, Tronchin, médecin, Horace-Bénédict de Saussure, géologue, et Théodore de Saussure, chimiste, Charles Bonnet, naturaliste, Senebrier, naturaliste, Simon Lhuilier, mathématicien, Pierre Prévost, physicien, Augustin et Alphonse de Candolle, botanistes, Tissot, médecin, Lesage, mathématicien, Jalabert, physicien, Louis Bertrand, mathématicien, André Mallet, astronome, Maunoir, chirurgien, Marignac, chimiste, Emile Plantamour, astronome, Jean de Charpentier, Agassiz et Desor, naturalistes. Ainsi les édits d’intolérance n’ont pas seulement ruiné le commerce et l’industrie de la France, ils lui ont encore enlevé des hommes qui par leurs découvertes auraient contribué à sa gloire et à sa prospérité.

Puisque nous traitons des rapports de la religion avec les sciences, examinons la part que les ecclésiastiques catholiques peuvent réclamer : dans le progrès de nos connaissances. Jusqu’à la fin du siècle dernier, on remarquait sur les listes de correspondans ou associés d’académies des abbés, des jésuites, de, minimes : en Italie, Bianchini, Carcani, Jacquier, Toaldo, de La Torre, Bianchi, — à Raguse, le jésuite Boscovich,