Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 104.djvu/378

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Il est temps de résumer les enseignemens que contient cette étude. Les Américains ne nous étonnent guère plus par ce qu’ils ont fait que par ce qu’ils ont négligé de faire. Leurs œuvres nous surprennent par un certain mélange de grandeur et de parcimonie, par un singulier équilibre entre le résultat obtenu et les moyens employés pour l’atteindre. Les ingénieurs des États-Unis ont fait école ; mais où se sont-ils donc formés ? Ce n’est pas la moindre surprise que nous réserve ce pays de nous montrer de grands établissemens d’éducation professionnelle pour les ingénieurs. La Grande-Bretagne, où l’éducation classique des universités se couronne par une foule de concours et de titres honorifiques, la Grande-Bretagne n’accorde pas un diplôme à ses ingénieurs ou à ses architectes. Les jeunes gens qui se destinent à ces professions ne trouvent nulle part un cours complet d’instruction ; ils se mettent en apprentissage chez les anciens du métier ou s’exercent laborieusement sur les chantiers dans des emplois subalternes jusqu’à ce qu’ils se sentent assez d’expérience pour entreprendre de diriger eux-mêmes des constructions. Ce système a produit ce que l’on en devait attendre : quelques individualités puissantes, bien douées par la nature, devinent par intuition les secrets du métier ; le plus grand nombre reste médiocre. Aux États-Unis, on ne néglige pas à ce point l’enseignement des sciences utiles. L’université de New-York comprend une faculté de génie civil et d’architecture, qui délivre des diplômes d’ingénieur. D’autres écoles spéciales ont été créées sur le modèle de notre École centrale des arts et manufactures. Le gouvernement fédéral possédera West-Point, son académie militaire, où 250 jeunes gens reçoivent une instruction théorique et pratique fort étendue. Les premiers des élèves qui sortent chaque année sont admis dans le corps des ingénieurs du gouvernement. Les attributions de ceux-ci sont moins étendues qu’en France ; ils n’ont à s’occuper que des fortifications, de l’amélioration des rivières et des ports, et de la topographie, mais ils sont souvent chargés en outre d’exercer un contrôle sur les travaux que les états, les compagnies et les particuliers exécutent dans les diverses parties de l’Union.

Ainsi les Américains donnent une large part aux études théoriques ; mais ils prennent soin en même temps que la culture scientifique n’étouffe pas chez leurs jeunes élèves l’initiative, la spontanéité des conceptions. Ils sont servis sous ce rapport par le bon sens et la rectitude naturelle de leur esprit. S’agit-il de chemins de fer, ils adoptent dès le premier jour une forme de rail à laquelle toute l’Europe est revenue après avoir essayé quantité d’autres modèles. Le professeur Morse, l’un des créateurs de la télégraphie électrique, imagine, il y a quarante ans, l’appareil le plus parfait que l’on connaisse encore. En chaque cas particulier, ils atteignent