Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 104.djvu/39

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à rien moins qu’à changer toutes les conditions de la guerre, en annulant la force militaire, en la plaçant sous la pression des terreurs et des ravages dont une population tout entière est la victime. Les Prussiens avaient fait ainsi à Péronne. Ils avaient bombardé la ville à outrance, puis ils l’avaient sommée de se rendre. Le commandant avait résisté d’abord ; le chef du génie de son côté disait avec énergie devant le conseil réuni pour examiner la situation : « Nos défenses sont intactes, nous n’avons pas une pièce démontée. Le bombardement ne peut plus faire de grands dégâts, le mal est fait. Il ne s’agit pas de gloriole militaire ; Péronne est la clé de la Somme, la possession de cette place peut être pour l’une et l’autre des deux armées en présence d’un immense intérêt… » Le conseil de défense n’avait pas partagé cet avis, le commandant de la place s’était résigné, et Péronne avait capitulé le 9 janvier ! C’était, comme le disait le chef de bataillon du génie Peyre, un avantage immense pour les Allemands, qui avaient désormais toute la ligne de la Somme, — protection puissante pour eux, barrière difficile à franchir pour nous sous les yeux d’un ennemi vigilant. D’un autre côté, Mézières était déjà tombée, le 31 décembre, après un bombardement tout aussi impitoyable que celui de Péronne. Ainsi de l’est à l’ouest le cercle se resserrait autour de cette région du nord, où se débattait une armée qui, en se faisant respecter, ne pouvait guère se promettre de rompre le réseau de fer et de feu tendu devant elle.

Malgré tout, sans avoir peut-être plus d’illusions que bien d’autres, mais sans se laisser ébranler, Faidherbe, qui n’avait plus à sauver Péronne, ne pouvait songer à rester dans l’inaction. Placé sur le chemin de fer du Nord après l’affaire de Bapaume, il s’avançait ou il feignait de s’avancer sur Amiens ; au 15 janvier, il était assez rapproché pour pouvoir pousser de sérieuses reconnaissances jusqu’aux abords de l’Hallue, et les Prussiens s’y trompaient même assez pour supposer que le chef français méditait quelque tentative sur la Somme entre Amiens et Corbie. C’eût été une entreprise singulièrement aventureuse de vouloir forcer le passage de la Somme devant un ennemi difficile à surprendre, maître d’Amiens et de Péronne. Faidherbe n’avait pas cette pensée ; il comptait seulement occuper l’ennemi par des démonstrations sur Amiens, attirer peut-être sur ce point les masses prussiennes, et, cela fait, se dérober à marches forcées vers l’est, se porter au sud de Saint-Quentin pour menacer la ligne de La Fère, Chauny, Noyon, Compiègne. Dût-il échouer dans ce projet, il croyait pouvoir toujours se rabattre vers le nord, où il défierait encore l’ennemi sous la protection de Cambrai, de Bouchain ou de Valenciennes. C’était du reste un moment