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injustes, ils s’expliquent par la fin soudaine de Louis V et la superstition monarchique, toujours disposée dans ces temps barbares à chercher dans des attentats la cause des catastrophes royales.


II

L’évolution sociale qui s’est accomplie au Xe siècle, et qui est marquée par l’avènement des Capétiens, a donné au mariage des rois une importance beaucoup plus grande que sous les précédentes dynasties, car leurs femmes ne leur avaient apporté jusque-là que des dots mobilières, quelques-unes même, comme Frédégonde, ne leur avaient apporté que leur beauté ; mais la nouvelle constitution politique de l’Europe, c’est-à-dire la constitution féodale, en admettant les filles à succéder dans la tenure du fief, fit prévaloir l’usage des dots territoriales. D’autre part, le pouvoir royal, en se consolidant en France comme dans les états voisins, exerça une telle force d’absorption que les royaumes furent assimilés à une sorte de propriété privée qui se transmettait par voie d’héritage, et sur laquelle les alliances de famille créaient des revendications. En épousant dans ces conditions nouvelles les héritières des grands feudataires ou les héritières des races royales, les rois pouvaient, soit par eux-mêmes, soit par leurs proches, mettre la main sur les fiefs en vertu de la succession directe ou de la réversion, et sur les royaumes étrangers en vertu des mêmes droits. Leur ambition étant d’agrandir le royaume, ils s’attachèrent à faire, comme on dirait aujourd’hui, de beaux mariages, et, quoique cette politique n’ait pas été toujours heureuse, quoiqu’elle ait entraîné la France dans la guerre de cent ans et les guerres d’Italie, elle nous a du moins valu l’Artois sous Philippe-Auguste, la Champagne et la Brie sous Philippe le Bel, la Bretagne sous Louis XII, la Lorraine sous Louis XV. C’est par là que les reines de la troisième race ont été véritablement utiles au pays, car elles lui ont donné par un simple contrat ce qu’il eût fallu gagner par des guerres sanglantes. En dehors de ce fait, qui a exercé sur le développement territorial du royaume une influence considérable, leur histoire présente les mêmes incidens, les mêmes contradictions que dans les âges antérieurs.

Soumises comme les sujets eux-mêmes aux caprices d’un pouvoir sans limites et sans contrôle, les femmes des Capétiens n’ont eu que trop souvent à subir des violences inconnues dans les conditions les plus humbles. La promiscuité franque semble à l’origine se perpétuer dans les répudiations, et si Robert le Pieux en divorçant ne fait qu’obéir aux injonctions de l’église, si Louis VII cède aux ressentimens de l’honneur offensé, les égaremens de la passion