Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/302

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tapissée d’une sorte de crème jaunâtre qui est du soufre. L’eau en contient une portion appréciable dont elle se débarrasse dans ce récipient, où elle prend aussi la quantité d’oxygène qui lui est nécessaire ; elle redescend par deux tuyaux qui la mènent dans des conduits aboutissant aux réservoirs de la Vieille-Estrapade, où elle n’arrive jamais, car les branchemens particuliers la prennent au passage. Le volume était considérable au début, mais le puits ne donne guère actuellement que 374 mètres cubes par jour, ce qui est fâcheux, car l’eau qu’il produit est excellente et d’une douceur incomparable.

La nappe souterraine où le tubage va la chercher n’a point diminué d’importance, mais M. Constant Say y a fait un emprunt en forant le puits de sa raffinerie du boulevard de la Gare, et le puits artésien du bois de Boulogne s’y abreuve, de sorte que le puits de Grenelle se trouve appauvri par ses voisins. Que lui restera-t-il lorsque les puits commencés auront rencontré l’eau ? Le puits de Passy, qui a 586 mètres de profondeur, fournit de 500 à 600 mètres en vingt-quatre heures. Il a demandé bien des travaux : de septembre 1855 jusqu’au 24 septembre 1861, l’opération ne marcha pas toujours toute seule ; l’eau, à une température de 28 degrés 1/2, est exclusivement réservée à l’alimentation des rivières vaseuses du bois de Boulogne. Aujourd’hui deux puits artésiens nouveaux sont en train : l’un, sur la Butte-aux-Cailles, est arrivé à une profondeur de 536 mètres ; l’autre, à La Chapelle, place Hébert, est à 677 mètres. On est tombé dans une vallée souterraine : on espère rencontrer à 700 mètres la nappe d’eau de Grenelle, et à 720 la nappe d’eau plus profonde que l’on cherche. On pense même pénétrer plus bas encore, jusqu’aux terrains jurassiques ; le volume d’eau que l’on obtiendrait alors pourrait bien dépasser toutes les prévisions. Voici longtemps que l’on y travaille : l’installation préparatoire date du 6 mai 1863, le premier coup de forage a été donné le 1er juin 1865, et l’on est aujourd’hui occupé à descendre des tubes pour vaincre un éboulement qui s’oppose momentanément à ce que l’on passe outre, et qu’on a vainement cherché à broyer pendant trois mois. L’outillage qui agit dans le puits pèse seul 24,000 kilogrammes, soulevés à chaque pulsation d’une petite machine de 26 chevaux ; ce moteur paraît bien faible pour porter une telle masse à bras tendus. On se fait maintenant un jeu des difficultés qui arrêtaient Mulot ; l’art du forage artésien a fait d’immenses progrès, et, à telle profondeur que ce soit, on opère avec autant de précision que si l’on était à découvert et de niveau. Un contre-maître disait en plaisantant : « A 600 mètres, nous pouvons raser un homme sans le blesser. » Cela est exagéré, mais on