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chefs de la majorité pour être sûr de n’être point abandonné soit dans les débats financiers, soit dans la discussion de la loi sur les corporations religieuses, et les assurances dont il avait besoin, il les a reçues, de sorte que le dénoûment de cette crise a montré en définitive le plus réel esprit politique chez ceux qui se croyaient obligés de quitter le pouvoir aussi bien que chez ceux qui pouvaient y aspirer, en même temps que chez le souverain appelé à être le médiateur ou l’arbitre des opinions.

Le ministère a donc retiré sa démission et reste à son poste avec des garanties nouvelles qui ne lui assurent pas sans doute une durée indéfinie, mais qui le sauvent pour le moment de la mésaventure qu’il redoutait. Maintenant le sort de cette loi sur les couvens, dont la discussion a commencé aussitôt, semble à peu près assuré, malgré certaines manifestations extérieures qui ont abouti ces jours derniers à un conflit de rue ; le vote ne paraît pas douteux. Sous des formes différentes d’ailleurs, le projet primitif du gouvernement et le projet de la commission se rapprochent et se confondent presque en ce sens que l’un et l’autre sont l’expression de cette politique à la fois libérale et modérée que le ministre des affaires étrangères, M. Visconti-Venosta, vient d’exposer de nouveau devant le parlement avec autant de tact que d’élévation. Que les orateurs de la gauche repoussent la loi nouvelle parce qu’elle est conçue dans un esprit de ménagement et de transaction, ils sont dans leur rôle, ils se figurent qu’il n’y a rien de plus simple que de rompre violemment avec des intérêts traditionnels, avec les croyances, avec les susceptibilités des catholiques. Que ceux qui refusent à l’Italie le droit d’être à Rome voient dans cette loi un attentat nouveau, ils sont, eux aussi, dans leur rôle. Le gouvernement peut répondre à la gauche en montrant l’Italie paisible, affermie dans son existence nationale, accréditée à l’extérieur justement par cette politique de libérale modération qu’il suit avec persévérance. Il peut répondre d’un autre côté aux partisans du pouvoir temporel, aux adversaires de l’Italie nouvelle, en montrant le Vatican libre, la puissance religieuse du pontife s’exerçant dans toute son indépendance, les députations catholiques se succédant à Rome, auprès du pape, et tenant même au besoin des discours qui ne sont pas toujours des complimens pour le roi ni pour le gouvernement italien. On a entrepris de résoudre. le plus grand de tous les problèmes par la liberté, non par la révolution. Si l’Italie réussit, et elle a désormais bien des chances de succès, c’est parce qu’elle aura suivi cette politique que la puissante inspiration de Cavour a léguée à ses successeurs.

CH. DE MAZADE.

Le directeur-gérant, C. BULOZ.