Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/516

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disgrâce de Mac-Clellan ; un violent antagonisme entre lui et Halleck, ministre de la guerre à Washington, en était la véritable raison. Dans un rapport adressé au président Lincoln, Mac-Clellan avait fort noblement exprimé l’avis suivant. « Cette rébellion a pris le caractère d’une guerre ; elle doit être regardée comme telle et conduite selon les principes les plus élevés de la civilisation chrétienne. En aucun cas, cette guerre ne doit aboutir à l’asservissement du peuple d’aucun état ; elle doit être une guerre non contre les populations, mais contre les forces armées et l’organisation politique. Ni les confiscations de propriétés, ni les exécutions politiques, ni la division des états en territoires, ni l’abolition forcée de l’esclavage ne doivent être admises un seul instant. En continuant la guerre, toute propriété personnelle et toute personne sans armes doivent être strictement protégées, assujetties seulement aux nécessités militaires. Toute propriété personnelle requise pour usage militaire doit être payée ; le pillage et les déprédations doivent être traités comme crimes, tout dommage inutile sévèrement défendu et les offenses des militaires envers des citoyens rapidement punis. Les arrestations par l’autorité militaire ne doivent être tolérées que sur le lieu même des hostilités, et les sermens non requis par la constitution ne doivent être ni exigés ni reçus… Des esclaves en contrebande selon l’acte du congrès doivent recevoir la protection militaire, s’ils la demandent. Le droit du gouvernement de s’approprier d’une manière permanente pour son service le travail des esclaves doit être affirmé, et par conséquent le droit du propriétaire à recevoir une compensation reconnu… Je puis être bientôt rappelé par mon créateur, et c’est au nom du pardon que j’espère recevoir de lui que je vous écris ceci en toute sincérité envers vous et par amour pour mon pays. » Ces nobles et courageuses paroles resteront comme un des titres les plus honorables de la carrière de Mac-Clellan. Elles eurent à Washington pour résultat de le faire remplacer comme commandant des forces fédérales en Virginie par le général Pope, dont les dispositions furent fort différentes. Ses ordres portaient que tout séparatiste serait immédiatement arrêté, — que le serment de soumission lui serait imposé, qu’il ne serait relâché que sur une caution assez considérable. S’il refusait le serment, il devait être chassé des lignes fédérales ; si on l’y retrouvait, il devait être fusillé comme espion, et ses biens confisqués. Tout individu accusé de communiquer avec qui que ce soit en dedans des lignes confédérées serait également fusillé. Enfin les subordonnés du général Pope devaient arrêter les citoyens marquans et les garder comme otages pour s’assurer de la bonne conduite des populations, la vie de chacun de ces otages répondant pour chacun des soldats fédéraux qui pouvaient être tués