Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/519

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la plus parfaite courtoisie envers les habitans même qui professaient des sentimens nordistes étaient strictement observés.

Lee, comprenant que des partisans ne lui viendraient que s’il prouvait qu’il était de force à les défendre, se mit en mesure d’assurer ses derrières. Il chargea Jackson de s’emparer de Harper’s Ferry, qui contenait de grandes quantités de munitions de guerre, et qui commandait la vallée par laquelle il comptait communiquer avec la Virginie. Lui-même se mit en devoir d’occuper une position qui lui permettrait de menacer à son choix Washington ou Baltimore en attendant que Jackson l’eût rejoint. Mac-Clellan, qui de nouveau avait pris la direction des armées fédérales, ne se doutait nullement des projets de son adversaire, lorsqu’un accident les lui révéla, — un ordre de Lee à un de ses généraux trouvé par un soldat fédéral. Il précipita sa marche pour couper Lee du Potomac et secourir Harper’s Ferry. Retardé au passage des défilés de South-Mountain par la résistance opiniâtre des détachemens confédérés préposés à leur garde, Mac-Clellan n’arriva sur les bords de la rivière Antietam que pour y trouver l’armée de Lee rangée en ordre de bataille. Le chef sudiste sentait que Mac-Clellan avait deviné son plan, et se hâta de venir se mettre entre l’armée fédérale et Harper’s Ferry.

Rejoint le 16 septembre par Jackson, qui la veille s’était emparé de Harper’s Ferry avec 11,000 prisonniers, 75 pièces de canon et beaucoup d’artillerie, Lee reçut le 17 à Sharpsburg l’attaque des 87,000 fédéraux. Ses 33,000 confédérés résistèrent vaillamment. Le but de Mac-Clellan était de rejeter Lee dans le Potomac ; mais ses efforts n’y purent réussir. La nuit arrêta cette lutte acharnée sans que l’une ou l’autre armée eût pu être délogée de ses positions. Lee resta en ligne de bataille tout le lendemain ; cependant Mac-Clellan, dont les pertes avaient été considérables et les forces désorganisées, ne renouvela pas l’attaque, et le surlendemain Lee retraversa le Potomac et fit rentrer en Virginie ses troupes épuisées. Ses soldats, bien que harassés par les marches et les combats désespérés qu’ils soutenaient journellement depuis un mois, n’en avaient pas moins conservé leur moral, comme ils le prouvèrent plusieurs fois en repoussant les tentatives que firent les fédéraux pour franchir à leur tour le Potomac. Quoique cette dernière bataille n’eût pas été une victoire décisive, elle était tellement honorable pour les armes confédérées qu’elle vint encore ajouter à la joie et à l’orgueil qu’éprouva le sud à ce moment. Cette succession de hauts faits militaires, de victoires, de marches extraordinaires pendant les quinze semaines qu’avait duré la campagne, Richmond deux fois délivré et la capitale des États-Unis menacée,