Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/527

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coin du Maryland, il débouchait en pleine Pensylvanie. Quelques extraits de l’ordre du jour qu’il fit publier après cette marche de vingt-trois jours nous le montrent, comme toujours, préoccupé de la discipline et de la bonne conduite de ses troupes.

« Le général en chef a vu avec une grande satisfaction la tenue de l’armée pendant la marche et attend d’elle avec confiance des résultats dignes de l’ardeur qui l’anime. Aucune troupe n’aurait pu montrer plus de courage ni accomplir plus vaillamment les marches ardues des dix derniers jours. La conduite des soldats sous d’autres rapports a été, avec peu d’exceptions, digne d’éloges. Cependant quelques-uns ont oublié qu’ils avaient à garder la réputation encore immaculée de notre armée, et que les devoirs que nous imposent la civilisation et la religion chrétienne ne sont pas moins obligatoires en pays ennemi que dans le nôtre. Le général en chef considère que nulle honte ne pourrait être plus grande pour notre armée, et par elle pour notre peuple entier, que de se laisser aller à ces outrages barbares sur des innocens sans défense ou à cette destruction inutile de propriétés particulières qui ont marqué la trace de l’ennemi dans nos contrées. Non-seulement de tels faits dégradent ceux qui les tolèrent ou les commettent, mais ils sont funestes à la discipline et à la valeur de notre armée, ainsi qu’à tous nos mouvemens. Il faut nous souvenir que nous ne faisons la guerre qu’à des hommes armés, et que nous ne pouvons venger les maux que notre patrie a soufferts sans nous abaisser aux yeux de tous ceux qui ont vu avec horreur les atrocités commises par l’ennemi, et sans offenser celui à qui toute vengeance appartient et sans lequel tous nos efforts sont vains. — Le général en chef exhorte instamment les troupes à s’abstenir avec le soin le plus scrupuleux de toute atteinte inutile aux propriétés particulières, et il enjoint aux officiers d’arrêter et de punir sommairement tous ceux qui enfreindraient cette ordonnance. »

Les fédéraux, s’étant enfin rendu compte de la marche et des intentions de Lee, remontaient à rapides journées vers la Pensylvanie. Lee, comme à sa première entrée sur le territoire du nord, avait l’espoir, en attirant à sa suite le gros de l’armée fédérale, de soulager d’autant la Virginie septentrionale du poids de l’occupation, et de donner de la force au parti de la paix dans le nord, en faisant sentir à cette partie du pays les maux de l’invasion. Les hasards de la guerre pouvaient aussi lui livrer une des grandes villes du nord, peut-être la capitale, ce qui, comme effet moral en Europe et en Amérique, eût été incalculable. Le général Meade avait remplacé Hooker dans le commandement en chef des armées fédérales. Lee, qui attendait Stuart à la tête de sa cavalerie, avait dû ralentir sa marche. Celui-ci avait reçu ordre de se tenir entre les deux armées pour éclairer Lee sur les mouvemens et les intentions des fé-