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déraux ; mais de longs circuits qu’il dut faire pour tourner l’ennemi causèrent un délai funeste. La cavalerie de Lee lui faisait donc défaut au moment le plus critique. Aussi croyait-il l’armée fédérale à plusieurs étapes, quand la rencontre fortuite des deux avant-gardes à Gettysburg, petit village de Pensylvanie, lui révéla sa dangereuse proximité. Peu à peu, les renforts arrivant des deux côtés, l’action se développa, et il ne fut plus possible à Lee d’éviter une bataille en règle. Il avait environ 67,000 hommes contre 100,000 fédéraux. Le premier jour, l’avantage resta aux confédérés, dont Lee avait rapidement concentré les divisions en marche. Le second jour, les fédéraux, acculés à de très fortes positions sur Cemetery-Hill, en arrière de Gettysburg, purent, au prix de grands sacrifices, s’y maintenir ; le troisième jour au matin, ils parvinrent à ressaisir le terrain qu’ils avaient perdu la veille.

Lee éprouvait déjà beaucoup de peine à nourrir son armée en pays ennemi et en présence des forces supérieures de Meade ; mais il ne voulait pas se retirer sans frapper un coup décisif. Il résolut de chercher par un dernier effort à se saisir du centre fédéral, qui avait pû être affaibli au profit des deux ailes, où jusqu’à présent la lutte s’était maintenue. Pendant deux heures, toute l’artillerie confédérée fit pleuvoir sur les lignes ennemies un déluge de feu. Le moment de tenter l’effort suprême arriva, et trois fortes colonnes de 15,000 hommes s’élancèrent à la charge. La colonne principale, composée de 5,000 Virginiens, troupe d’élite sous le général Pickelt, seule atteignit le sommet de Cemetery-Hill ; les deux autres n’avaient pu soutenir le feu terrible que les fédéraux ouvrirent sur eux. Protégés au départ par leur propre artillerie, mais bientôt à découvert, ils marchèrent sans hésitation, sans arrêts, sous une grêle de balles, décimés, tombant à chaque pas, mais gravissant et s’emparant enfin de ces redoutables crêtes. Malheureusement les renforts n’arrivant pas avec la même ardeur pour les soutenir, cette magnifique charge devint inutile. Les pertes étaient immenses. La division n’existait pour ainsi dire plus. Les trois généraux, les quatorze colonels et les trois quarts des soldats étaient morts ou blessés.

« La conduite de Lee fut au-dessus de tout éloge, écrivait plus tard un témoin anglais, le colonel Fremantle. Occupé à rallier et à encourager ses troupes, il parcourait seul à cheval le devant du bois pendant que son état-major en faisait autant à l’arrière. Sa figure, toujours sereine, ne montrait aucun signe de découragement, et à chaque soldat qu’il rencontrait il adressait quelques mots : — Tout finira bien, nous verrons plus tard ce qu’il y aura à faire ; mais que maintenant tous les braves se rallient ; nous avons besoin de tous les bons soldats. — Il parlait à tous les blessés qui passaient, exhortant ceux qui ne l’étaient que légèrement à bander