Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/592

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grandes couches géologiques, les puissantes roches formant la charpente de notre globe, se continue dans les eaux par l’entremise de petits ouvriers sinon absolument identiques, du moins ressemblant de très près aux anciens. Les nains, les invisibles, ont construit la masse dès Alpes. Séparant des ondes de l’océan, le carbonate de chaux, transformant Les matières en dissolution que les sources, les torrens, les rivières, arrachent aux montagnes et aux plaines pour les porter dans le bassin des mers, ils préparaient de nouvelles plaines et de nouvelles montagnes. Qu’est-ce que la roche, sinon de la vie pétrifiée ? On sait aujourd’hui les noms des infusoires ayant formé ces énormes carrières avec lesquelles ont été construites les pyramides d’Égypte, du sein et à l’aide desquelles s’est élevé Paris. Qui ne connaît l’origine de la craie et du calcaire grossier ? On en est même à se demander si des roches beaucoup plus anciennes, dont l’étendue dans l’espace et le temps a été jusqu’ici un mystère pour les géologues, ne se sont point composées en vertu de la même loi et avec les mêmes ingrédiens. Pourquoi les infusoires, les protozoaires, qui jouent évidemment on si grand rôle dans les dépôts modernes, auraient-ils été étrangers aux antiques constructions de l’océan ? Comment cette boue animale qui s’amasse chaque jour au fond de nos mers aurait-elle fait défaut aux mers des autres âges géologiques ? N’est-ce point elle au contraire qui, mise à sec par des actions volcaniques, s’est durcie en une surface solide ? Dans le calcaire carbonifère (l’une des couches les plus épaisses et les plus anciennes), on a découvert des vestiges de globigérines. L’absence de toute forme animale, le caractère plus ou moins cristallin des très vieilles roches, ne s’opposent point d’ailleurs à ce qu’on leur attribue une même origine, car il est aujourd’hui reconnu que toute trace de vie organique peut-être effacée par des métamorphoses ultérieures. D’un autre côté, les petits et obscurs habitans de nos mers descendent-ils de ceux qui à des époques reculées ont posé les premières assises des continens ? Cuvier disait non ; les géologues anglais disent oui. Le docteur Carpenter croit par exemple que l’eozoon et le bathybias, ces deux embryons de la zoologie marine, se sont perpétués dans les grandes eaux depuis l’apparition de la vie sur la terre jusqu’à Fépoque moderne. Ce qui pourrait démentir cette continuité est la série des transformations survenues d’âge en âge dans le bassin des mers. Hâtons-nous d’ajouter que les recherches de nos voisins nous fournissent à cet égard quelques nouveaux et curieux renseignemens.

Non-seulement il y a toujours eu des mers profondes ; mais encore à toutes les époques il doit y avoir eu des variétés dans les climats sous-marins. Ces variétés, aussi tranchées, aussi frappantes que celles qui existent maintenant dans les grandes eaux, dépendaient