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à s’impatienter de la lenteur du siège. Il tâchait de faire comprendre à l’Allemagne par le journal officiel de Berlin, le Staatsanzeiger, que sans doute on entrerait prochainement à Paris, que l’efficacité du mur d’enceinte et des forts était diminuée par l’absence de toute armée de secours, mais que les ressources de la grande ville n’étaient pas à mépriser, que « la tâche des armées allemandes était une des plus difficiles dont l’histoire militaire du monde gardât le souvenir, » que « probablement on ne réussirait pas aussi vite qu’on le désirerait. »

Ainsi à ce moment, vers le 27 octobre, l’action militaire engagée de toutes parts tenait l’ennemi en respect ; mais ce n’était là qu’une partie de la défense. L’action militaire elle-même se liait intimement à l’état moral, aux oscillations, aux agitations intérieures de Paris, qui pouvaient à chaque instant décider de la marche des événemens. C’est la partie politique du siège.


III

M. de Bismarck avait dit à M. Jules Favre dans l’entrevue de Ferrières : « Si dans quelques jours nous n’avons pas pris Paris, vous serez emportés par un mouvement populaire. » Le journal de Berlin dont se servait le chancelier disait plus crûment, pour faire prendre patience à l’Allemagne : « Paris deviendra plus faible chaque jour à mesure que le siège se prolongera… Le prolétariat finira par se soulever contre les riches… » C’était là le problème. M. de Bismarck, sans se tromper absolument sur ce qui pouvait devenir le danger de la situation de Paris, se méprenait sur l’esprit général des Parisiens, sur la durée possible de leur résistance. Il croyait trop vite à ce qu’il désirait, à des insurrections de panique, de découragement ou de passions serviles. Ce n’était point à craindre au moins aux premiers temps et sous cette forme.

Positivement, le siège une fois commencé, après l’entrevue de, Ferrières, la population parisienne était arrivée spontanément à un degré de fermeté extraordinaire ; elle ne se plaignait de rien, pourvu qu’elle pût exhaler ses émotions. La seule chose qu’on n’aurait pu lui faire accepter eût été de rendre les armes à l’ennemi. Elle était tout entière à la défense, confiante, résolue, prompte à se laisser enflammer ou rassurer, « bien pensante au point de vue patriotique, » selon le mot du général Trochu, désavouant tout ce qui pouvait pousser aux divisions intérieures, et soutenant le gouvernement tel qu’il était comme le gouvernement du péril. Toutes les classes, tous les partis, se confondaient dans un même sentiment, comme ils allaient se confondre sur le rempart. « Par une froide