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du prince Gortchakof à M. Thiers : « vous trouverez auprès de l’empereur des secours pour négocier et pas pour autre chose ; on vous aidera à traiter, et, croyez-moi, il n’y a pas autre chose à faire. »

C’était bien peu, et c’était tout. Non-seulement on ne voulait pas se laisser entraîner à la guerre, on ne voulait pas même s’engager dans une tentative de médiation combinée qui ressemblerait à une pression de l’Europe sur la Prusse. On ne refusait pas néanmoins de ménager à la France les moyens de négocier directement une trêve qui pourrait être un acheminement à la paix. La pensée en était venue à Pétersbourg, elle préoccupait en même temps le cabinet anglais, qui ne voulait pas faire moins que la Russie, et qui de son côté demandait pour M. Thiers « la faculté d’entrer à Paris pour y recevoir les pouvoirs d’aller négocier un armistice à Versailles. » La proposition d’armistice était donc le résultat de cette démarche de l’Angleterre, qui ne faisait que répondre à la pensée de la Russie et à laquelle se joignaient aussitôt l’Autriche et l’Italie, de telle sorte que M. Thiers se trouvait être un plénipotentiaire à demi accrédité par l’Europe, conduit en quelque sorte par la main des neutres au seuil d’une négociation où la Prusse se montrait prête à entrer après avoir remis les sauf-conduits qu’on lui demandait. C’est ainsi que M. Thiers, traversant les lignes prussiennes depuis Orléans, passant à Versailles sans s’y arrêter, arrivait le 30 octobre à Paris, dont il ignorait la situation, où l’on connaissait tout aussi peu ce travail diplomatique fait pour sauver la dignité de la France, et où cette idée d’un armistice, se confondant avec la nouvelle de la capitulation de Metz, ressemblait à un préliminaire de la capitulation de Paris lui-même. C’était parfaitement inexact, L’armistice pouvait fort bien n’être pas même un préliminaire de paix ; en aucun cas, il ne livrait Paris, il n’avait d’autre objet que de préparer la réunion d’une assemblée nationale en sauvegardant l’honneur et les intérêts de la ville assiégée. Dans l’obscurité où l’on vivait, il n’en fallait pas plus cependant pour redoubler l’émotion publique, excitée par tout cela et par un dernier contré-temps qui n’était pas le moins grave.

Au moment où l’on apprenait la chute de Metz et où M. Thiers entrait à Paris, en effet, une des plus cruelles péripéties militaires du siège s’accomplissait. le Bourget, pris un instant, gardé pendant deux jours, était perdu de nouveau, enlevé par les Prussiens après un combat meurtrier. Par elle-même, l’affaire n’aurait pas eu un intérêt de premier ordre ; par les circonstances dans lesquelles elle se produisait, elle prenait une importance singulière. Le Bourget est un village à l’est de Saint-Denis, long de près de 1 kilomètre, sur le côté de la route de Maubeuge. Par sa position, il était