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rendez-vous qu’il avait assigné, il s’était décidé à déplacer son action de façon à essayer de son côté d’aller au rendez-vous qu’on lui donnait ; mais par où tenter de se frayer un passage ? C’était là le problème. Autre question plus grave encore : tandis que pour répondre à l’appel de la province on allait chercher à s’ouvrir un autre chemin, l’armée de la Loire ne serait-elle pas arrêtée par le prince Frédéric-Charles ?


II

C’est d’une situation ainsi faite, de cet amas de contre-temps, d’obscurités et de troubles, que se dégage enfin l’énergique et décisif effort du siège de Paris. La bataille de Coulmiers datait du 9 ; le 14 au soir, la première nouvelle était parvenue à Paris ; le 18 arrivaient de nouveaux détails confirmant le succès, annonçant l’occupation d’Orléans et la direction que l’armée de la Loire se proposait de prendre : il n’y avait plus à hésiter. Ce n’était pas cependant une petite affaire de se retourner brusquement avec les immenses moyens matériels qu’on avait à traîner à sa suite. Il fallait au moins un certain nombre de jours. Dès que la résolution avait été prise, le général Ducrot, qui restait toujours chargé de la sortie, s’était hâté de se rendre à Créteil, à Saint-Maur, pour reconnaître par lui-même le terrain. Sa première idée était de remonter la vallée de la Seine en prenant pour objectif Choisy-le-Roi, surtout Montmesly entre la Seine et la Marne, de façon à se porter ensuite sur les positions de Boissy-Saint-Léger, Valenton, Villeneuve-Saint-George, occupées par les Prussiens. C’était bien séduisant, puisqu’on coupait les communications de l’ennemi entre la rive droite de la Seine et Versailles. Par malheur c’était plus tentant que facile, et c’est ainsi qu’on se trouvait conduit à chercher le point d’attaque plus haut, à choisir en avant de la Marne, sous la protection des puissantes défenses accumulées à l’est de Paris, cet autre champ de bataille de Villiers et de Champigny, où allait se jouer le sort de la ville assiégée et peut-être de la France.

Qu’on se représente exactement ce champ de bataille que la nature a fait si riant, où la guerre a laissé son empreinte, partout visible encore aujourd’hui, dans des murs de parcs à peine réparés, dans des villages à demi ruinés par l’incendie ou criblés par les balles, dans ces tumulus sans nombre, couverts d’une herbe touffue ou de fleurs sauvages, qui décèlent au milieu des champs de blé et des vignes la présence de monceaux de morts !

La Marne, en touchant à Paris, remplit de ses sinuosités une petite vallée assez étroite qui court entre deux séries de hauteurs. A partir du petit village de Brie, après avoir laissé de côté