Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/213

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pas toutes suffisamment précises, devient une cause de quelque incertitude et de quelque embarras. Pour prendre un exemple, l’auteur nous représente d’après a un de ces documens de famille » (il ne donne pas d’autre indication) ce qu’il appelle la cérémonie et les rites établis pour l’émancipation du fils. La scène se passe, dit-il, devant un juge, un consul et un notaire. Le père est assis sur une chaise; le fils, agenouillé devant lui, tête nue, met ses mains dans les siennes, et se trouve par ce seul acte mis en liberté et en pleine capacité de contracter désormais, de vendre, acquérir, recevoir, donner, tester. Malheureusement M. de Ribbe ne nous dit pas où, quand, sous quelles conditions, d’après quel document, s’accomplit cette cérémonie de famille, de sorte que nous ne pouvons apprécier au juste de quelle autorité le père dispose en une circonstance si importante, si c’était là un usage général ou bien local, etc. On a de plus certains doutes sur lesquels on voudrait être rassuré. Les auteurs de ces livres de raison imitent-ils souvent l’exemple de Guichardin? disent-ils les fautes commises aussi bien que les vertus pratiquées? Ne se laissent-ils pas aller au complaisant éloge d’eux-mêmes et de leur temps? Leurs témoignages laissent-ils parfois apercevoir les effets des imperfections sociales, ou bien n’offrent-ils donc, comme il semblerait d’après leur interprète, rien qui ne soit que digne d’éloges? On se prend à souhaiter très vivement que M. de Ribbe, qui du reste en a déjà publié un, nous fasse connaître en entier plusieurs des principaux livres de famille. C’est désormais son domaine; il lui appartient de nous y faire pénétrer.


II.

Il importerait d’autant plus de bien connaître les textes sur lesquels M. de Ribbe s’appuie qu’il soutient avec chaleur et conviction une thèse à laquelle on voudrait ne se laisser convertir qu’à bon escient. Somme toute, son livre, disions-nous, est un panégyrique du passé et fait le procès au temps présent. Tout en se défendant des opinions extrêmes, il croit lire dans les documens qui ont précédé le XVIIIe siècle un perpétuel motif d’unique hommage à la vieille France. C’est là une cause qui nous est chère, à nous aussi, mais qui ne nous paraît pas entraîner une perpétuelle condamnation des institutions et des mœurs modernes. En tout cas, faisons d’abord notre profit des informations intéressantes et nouvelles que l’auteur a su recueillir. Il y a dans ses peintures des traits infiniment curieux, et c’est une des questions à la fois les plus discutées et les plus dignes d’intérêt que l’examen de cette ancienne France si souvent mise en cause et si peu connue.

Elle avait, suivant l’auteur, trois vertus puissantes : la piété