Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/216

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abondance. C’est ce livre de raison qu’il faudrait publier, puisqu’il expose, à ce qu’il paraît, le ménage agricole d’une riche contrée de la Provence en plein XVe siècle. Nous pouvons y lire, dit M. de Ribbe, ce que le territoire d’Ollioules produisait en vin, en huile, en figues, en oranges, en blé. De tels détails, que l’on comparerait aux données concernant d’autres provinces, serviraient de cadre naturel au tableau de la vie municipale. Que cette vie municipale ait été active et intense, nous le croyons volontiers, parce qu’il faut bien que nous trouvions dans l’histoire intérieure de la France de quoi expliquer la longue durée de sa grandeur : la centralisation ne lui eût apporté absolument que des maux, s’il n’y avait eu quelque pareil contre-poids; mais quelle réelle action ces dernières libertés ont-elles pu exercer? dans quel cercle ont-elles pu agir? en quelle mesure, aux différentes époques de notre histoire et dans nos diverses provinces, ont-elles été contrariées, interrompues, étouffées, soit par l’excès du pouvoir central, soit par de fréquentes calamités, telles que les guerres civiles ou religieuses, soit par les crises financières, les famines, les brigandages, résultats d’une administration sans doute imparfaite et inexpérimentée, soit enfin par l’abus persistant des institutions féodales? Où et dans quelles circonstances se pratiquait ce suffrage électoral si scrupuleux et si jaloux qu’on nous désignait tout à l’heure? Voilà ce qu’il faudrait savoir, et les nombreux documens au milieu desquels M. de Ribbe nous introduit seraient, selon toute apparence, de ceux qui nous instruiraient d’une façon inattendue sur tant de graves sujets.

Une troisième source de grandeur et de prospérité pour l’ancienne France, suivant l’auteur, c’était l’autorité du père de famille environnée d’un profond respect. Dans une série de chapitres dont les titres seuls disent assez l’intention, le Foyer domestique et la tradition, le Père de famille et l’école, le Ménage rural, la Bénédiction paternelle et la vie future, la Paix domestique, M. de Ribbe a tracé d’après les livres de raison un tableau de la famille qui offre un résumé de toutes les vertus. Soins touchans de l’éducation, constante pratique de la prière en commun, scrupuleuse épargne en vue des dots à conquérir peu à peu et du patrimoine à transmettre intact ou notablement accru, mais surtout constante pensée de la mort et de la vie future augmentant, pour ainsi parler, au lieu de la détruire, la solidarité d’affection et de respect entre les parens et les enfans, voilà des traits d’une direction toute spiritualiste et religieuse que l’histoire de la famille telle que l’a connue l’ancienne France offre, suivant l’auteur, en très grand nombre. C’est en effet l’impression qui résulte des extraits de plusieurs livres de raison, par exemple de celui de cette célèbre famille provençale de Forbin, que nous voyons figurer ici dès le XVe siècle, et qui survit si bien