Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/709

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réservé une place aux divertissemens. L’excursion de Solutré a été surtout une agréable promenade pour ceux qui ne sont pas convaincus de l’importance extraordinaire des études anthropologiques. La piquante causerie de M. Ferdinand de Lesseps à propos du chemin de fer transasiatique, dont le directeur du canal de Suez a conçu le projet, a charmé un auditoire qui avait le droit de se montrer difficile. Une des journées qui laisseront le plus de gais souvenirs dans l’esprit des membres de l’association est celle qui a été employée à une excursion aux usines de La Voulte, dans l’Ardèche. Nous avons quitté Lyon le matin, au nombre de près de 200, sur un grand bateau à vapeur, avec lequel nous avons descendu le fleuve rapide, aux rives si pittoresques. A dix heures, une table immense, servie sur le pont, rassembla pour un festin frugal tous ces savans, de rangs, de talens et de goûts si divers, amicalement réunis dans la communauté des mêmes sentimens. Vers midi, on débarquait à La Voulte. Le but de l’excursion était la visite des hauts-fourneaux, fonderies et forges de la compagnie de Terre-Noire. Presque tous les membres du congrès connaissaient déjà la plupart des grandes opérations métallurgiques. Ce qu’ils ne connaissaient point et ce qu’ils admirèrent, c’est le vieux château de La Voulte, bâti pour les ducs de Soubise à la fin du XVIe siècle, tout au bord du Rhône, et le magnifique panorama qui s’offrit à leurs regards depuis la terrasse du château, où l’on avait servi pour eux les plus beaux fruits et les plus fins cépages. Il n’y a pas de plus splendides perspectives aux Alpes et aux Pyrénées que celle des collines et des pics du Dauphiné vus du point où nous étions. C’est un décor gigantesque, où les teintes chaudes et foncées des premiers plans contrastent avec le blanc radieux et l’azur mat des sommets lointains bizarrement découpés.

Il faut rappeler enfin le dîner de gala que M. Guimet a offert à l’association dans sa belle propriété de Neuville-sur-Saône, et surtout les fêtes qu’il a données en son honneur au parc de la Tête-d’Or, à Lyon. M. Guimet ne se contente pas de porter dignement le nom de son père, l’inventeur de l’outremer artificiel ; il travaille à répandre l’instruction et à fortifier la moralité dans ce bourg de Neuville, dont il est le bienfaiteur. L’instruction et la moralité, c’est-à-dire la lumière et la sagesse, n’est-ce pas là en définitive tout l’objectif de l’association française ? Il ne s’agit pas, en répandant les études scientifiques, en sollicitant pour elles les sympathies actives du public, d’introduire indiscrètement la préoccupation exclusive de la science partout, ni de convertir tous les hommes en savans. La science, en tant que culture abstraite de l’esprit et philosophie intérieure du monde, restera le lot d’mi petit nombre. La grande masse des hommes sera toujours nécessairement occupée par d’autres labeurs ou volontairement divertie par d’autres