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mettre fin à la négociation. Reschid ne s’en montra pas outre mesure irrité. « Sur votre prière, écrivit-il au commandant Le Blanc, et par égard pour l’amitié qui règne entre nos deux empires, je me suis encore prêté à une nouvelle démarche envers des gens qui oublient leurs devoirs vis-à-vis d’une foule innocente. Voyez avec quelle insolence ils répondent ! Je pourrai dire au moins que je n’aurai rien épargné pour vous être agréable. »

Quand Reschid-Pacha tenait ce langage, il venait de recevoir 8,000 hommes de renfort partis depuis longtemps de Constantinople. La désorganisation s’était mise au contraire dans l’armée grecque. Le général Church avait voulu se retrancher sur les hauteurs de Phalère, il sentait l’importance de conserver cette position. Le dénûment absolu dans lequel on le laissait, l’insubordination dès chefs et des soldats, l’obligèrent à l’évacuer. La retraite se fit en bon ordre : elle eut lieu dans la nuit du 27 au 28 mai ; 300 hommes d’arrière-garde, commandés par Nikétas, tinrent les Turcs en respect. Toute l’artillerie fut embarquée, à l’exception de deux pièces de 18, qui, trop lourdes pour être transportées, furent jetées à la mer. « Il est décidé, écrivait à l’amiral le capitaine Le Blanc, que la forteresse ne doit plus capituler. Elle attendra le résultat des nouveaux efforts que l’on va tenter pour faire lever le siège. Dans le cas où elle serait réduite à la dernière extrémité, elle suivrait l’exemple de Missolonghi. »

Le général Church n’avait pas voulu quitter les hauteurs de Phalère sans adresser quelque encouragement aux défenseurs de l’Acropole. Il leur exposait en détail tout un nouveau plan de campagne. Son but serait désormais d’intercepter les convois de vivres de l’armée turque. Déjà la côte, du golfe de Volo au cap Sunium, était étroitement bloquée par les flottes grecques. Church allait faire occuper tous les défilés qui pouvaient conduire au camp de Reschid. Les troupes du séraskier se plaignaient de la disette ; elles ne tarderaient pas à connaître la famine. Le général donnait d’ailleurs carte blanche au colonel Fabvier. Si le colonel croyait devoir tenter de s’échapper avec son corps, il l’engageait à se jeter dans les montagnes de l’Hymète, à traverser cette chaîne jusqu’à la côte opposée, où des bâtimens grecs iraient le prendre. Quant à lui, il transportait son quartier-général à Égine, pour y composer un corps régulier recruté dans les meilleures troupes.

Tous ces développemens ne pouvaient masquer un abandon trop certain. En voyant disparaître le drapeau grec des hauteurs de Munychie, la garnison de l’Acropole se sentit livrée. « Elle perdit soudain, nous dit un philhellène anglais, son attitude théâtrale. » — « Elle se souvint, écrit avec plus de justice l’amiral de Rigny, que