Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/799

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avec armes et bagages. Le soir même, elles les avaient déposées sur l’île de Salamine.

On eût pu citer peu d’exemples, dans cette guerre cruelle, d’une capitulation aussi honorable, aussi avantageuse, aussi fidèlement exécutée. Le désastre de Missolonghi, dont le retentissement fut si douloureux dans toute la chrétienté, n’eût point eu lieu, si la voix du haut-commissaire des îles ioniennes eût possédé cette puissance de persuasion qui faisait du commandant de la station française un arbitre écouté dans toutes les questions délicates. L’amiral de Rigny avait, ce semble, quelque droit de compter sur la reconnaissance de la Grèce ; mais tous les bienfaits ne sont pas appréciés sur-le-champ. « Jugez de ma surprise, lui écrivit le général Church, en lisant la lettre par laquelle vous m’annonciez que la capitulation de l’Acropole était sur le point de se conclure par votre intervention. Mon armée, renforcée et presque réorganisée, était dans un meilleur état pour secourir la garnison que lorsque j’occupais la position de Phalère. Je savais que l’ennemi était à court de provisions ; le venais d’obtenir un procès-verbal authentique de la quantité de blé et d’eau qui restaient dans la citadelle. Les premiers renseignemens reçus étaient inexacts. Je pouvais donc envisager les choses sous un autre jour que lorsque, mal instruit de la situation, j’approuvais la démarche de l’amiral Cochrane auprès du capitaine Le Blanc. »

Le commandant de la station française était un esprit plein de mesure. Voici en quels termes il répondit aux reproches si peu mérités que lui adressait le général Church : « Vous avez, lui dit-il, éprouvé quelque surprise en apprenant que la garnison de l’Acropolis avait manifesté le désir de renouer une capitulation. La mienne n’est pas moins grande en voyant de quelle manière vous interprétez ce qui s’est passé… La garnison de l’Acropolis, depuis l’évacuation de Phalère, n’avait plus d’autre moyen de salut que la négociation dans laquelle je me suis cru suffisamment autorisé à intervenir. Les lois de la guerre, vous le savez, monsieur le général en chef, laissent à toute garnison dont les moyens de communication sont strictement fermés, le droit de se diriger d’après sa propre situation. La garnison de l’Acropolis, qui avait dans les mains un ordre signé de vous d’accepter une première capitulation, en était réduite, par des raisons qu’il serait superflu de détailler ici, à ne plus chercher qu’à se procurer les meilleures conditions possible. Elle s’est adressée à moi pour cela. Il vous est libre de penser, monsieur le général, que les forces sous vos ordres étaient mieux disposées pour secourir la citadelle que lorsque les troupes grecques, à portée de fusil du camp turc, présentaient l’apparence évidente d’un secours immédiat. Il m’est permis de penser autrement. J’avais la connaissance exacte de la situation respective des deux