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à vapeur remplaçaient peu à peu les navires à voiles, surtout pour le transport des voyageurs, et les chances de mortalité en mer, jusque-là si grandes, disparaissaient presque complétement [1].

Assurés que l’immigration est une des forces vives de la république américaine, et que là surtout il n’y a rien de fait tant qu’il reste quelque chose à faire, le gouvernement fédéral et la législature de New-York ont continué de lutter à l’envi pour la protection des passagers de mer qui, en si grand nombre et si spontanément, se dirigent chaque année vers les États-Unis. En 1868, la législature de l’état de New-York promulguait une loi par laquelle les commissaires de l’émigration devaient connaître de toutes les plaintes des passagers sur leur traitement à bord, la qualité des vivres qui leur avaient été fournis, etc. Enfin en 1870 M. Hamilton Fish, secrétaire d’état (ministre des affaires étrangères) à Washington, prêtant l’oreille à des propositions faites par la confédération de l’Allemagne du nord, demandait aux divers gouvernemens européens de signer avec les États-Unis une convention internationale, dont il leur soumettait le projet, pour la protection des émigrans en mer. Bien que cette question ait depuis été plusieurs fois abordée dans les pourparlers diplomatiques, et tout récemment encore, l’Europe n’a pas jusqu’ici donné satisfaction au secrétaire d’état américain. On comprend combien la solution de cette affaire est délicate et pourquoi les divers états européens, peut-être moins intéressés que les États-Unis dans l’immigration américaine, ont jusqu’ici reculé devant la tenue du congrès international réclamé avec tant d’insistance par M. Hamilton Fish.

II.

Castle-Garden, lieu où débarquent depuis 1855 les émigrans qui arrivent à New-York, est, on l’a dit, un ancien fort transformé en une vaste rotonde en bois, à laquelle on a donné le nom d’Emigrant landing depot ou gare de débarquement des émigrans. Le nouvel édifice a conservé près du public le vieux nom de Castle-Garden, qui rappelle sa première destination. Tout y a été prévu pour un débarquement prompt et sûr, et pour mettre les arrivans à couvert des embûches de toute sorte auxquelles ils étaient auparavant exposés. Toutes les précautions sont prises pour qu’ils puissent sans retard continuer leur route vers le point de l’intérieur où ils entendent se diriger, eux et leurs bagages. Ils n’ont à payer aucuns

  1. En 1869, on ne comptait plus sur les steamers qu’une moyenne de 1 émigrant sur 1 000 mort pendant la traversée, au lieu de 5 pour 1 000, qui était encore le chiffre de la mortalité sur les voiliers.